Deux couleurs plantées au bord de l'eau
Dans un recoin du sanctuaire où le sentier de terre disparaît sous la végétation tropicale, Michel Salas a trouvé quelque chose qui n'était pas tout à fait sauvage : deux bougainvilliers plantés, silencieux et embrasés en pleine floraison. Le premier, aux bractées rose fuchsia, pousse au bord d'un étang aux eaux verdâtres, si flamboyant qu'il semble prendre feu contre le ciel bleu des Caraïbes. Le second, blanc crémeux, pointe plus discrètement entre les troncs fins d'un chemin ombragé, comme s'il préférait le silence.
Ce que Michel a photographié ne sont pas des fleurs au sens strict : ce sont des bractées, des feuilles modifiées chargées d'anthocyanes, les mêmes pigments qui colorent les mûres et les aubergines. Au cœur de chaque groupe de bractées, presque cachées, s'épanouissent de petites fleurs tubulaires blanc-jaunâtre. La couleur que l'on voit — ce fuchsia qui arrête le pas — dépend de la lumière, du pH du sol et de la santé de la plante.
Toutes deux sont des espèces introduites en Colombie, cultivées par l'être humain à partir de *Bougainvillea glabra* et de *Bougainvillea spectabilis*, originaires d'Amérique du Sud mais étrangères à ces terres des Caraïbes colombiennes. Quelqu'un les a apportées, quelqu'un les a plantées, et elles sont toujours là, habitant le sanctuaire d'une beauté qui n'a demandé la permission à personne de rester.