Ce dimanche-là, Michel Salas, Jiliam Pomare et Salomé Piza partirent de bonne heure depuis la Casa del Paraíso, un guide botanique sous le bras et l'envie de mettre des mots sur ce que la forêt sèche du sanctuaire offre en silence depuis des années. Le parcours suivit « le chemin de la liberté », ce sentier qui s'achève là où les volières d'Ara attendent le moment de laisser s'envoler les aras — une destination qui donne à chaque promenade une gravité particulière.
Tout au long du trajet, ils s'arrêtèrent une trentaine de fois : pour confronter une branche à sa fiche dans le livre, pour presser un échantillon entre deux feuilles de papier, pour photographier des fleurs avant que le soleil de midi ne les fane. Il y avait là la *Caesalpinia pulcherrima* avec ses étamines longues comme des fils de feu jaune, le Moringa aux fleurs blanches posé à côté de sa description dans le guide, l'Uvito (*Cordia alba*) fraîchement coupé, encore humide de sève, et l'Ébano (*Caesalpinia ebano*) avec ses gousses sombres qui pendaient entre les feuillages.
Au bout du sentier, face aux volières, tous trois sourirent pour la photo. Derrière eux, les collines vertes et les fleurs colorées qui avaient bordé tout le chemin. Dans les mains, trente noms nouveaux — ou plutôt, trente noms anciens que la forêt portait déjà et qu'ils s'étaient chargés de recueillir.
Dans l'épaisse végétation de la réserve, Michel Salas s'est arrêté devant un arbre qui ne dépassait pas les quatre mètres mais qui semblait n'avoir nul besoin de grandir davantage : un ébène, Caesalpinia ebano, ses fleurs jaunes embrasées sous le soleil de mars et ses gousses vertes encore tendres pendant aux branches. L'arbre est petit pour l'heure — l'espèce peut atteindre des ports considérablement plus imposants —, mais il s'acquitte déjà de son rôle dans le cycle avec tout le sérieux que cela mérite.
L'ébène est une espèce native de la région Caribe, résistante à la sécheresse et d'une générosité d'usages qui confond : son feuillage nourrit le bétail, ses fleurs appellent les abeilles, son bois endure tout ce qu'on lui impose. À la Fundación, nous l'enregistrons également sous le nom populaire de guacamayo — bien qu'il soit utile de préciser que ce surnom n'est pas en usage à Villanueva, Bolívar —, car à cet arbre les noms ne manquent pas, pas plus que l'utilité. Michel a pris six photographies qui saisissent les détails des fleurs, des gousses et le port complet de l'individu, avec la végétation tropicale en toile de fond comme témoin silencieux. Une belle trouvaille pour l'inventaire de la réserve.
Michel Salas se promenait dans le sanctuaire lorsqu'il l'aperçut : une guacamaya bleue et jaune perchée dans les branches d'un carambole en fleurs, couvert de petites fleurs roses et rougeâtres parmi des feuilles d'un vert profond. Un seul individu — une Ara ararauna — qui ne broncha pas à la présence de l'observateur. Elle était là, curieuse, manipulant le feuillage de ce bec recourbé et noir qui semble fait autant pour le jeu que pour se nourrir.
L'arbre portait des fruits en devenir, encore verts et menus, et la guacamaya les explorait sans hâte, comme quelqu'un qui inspecte un garde-manger familier. Derrière elle, une touffe de bananiers et le ciel bleu sans nuages du midi caraïbe achevaient la scène. Michel immortalisa le moment en photos et en vidéo depuis les coordonnées du sanctuaire, au nord-est de la réserve.
Le carambole — connu dans la région simplement sous ce nom, bien qu'il appartienne à la famille des Oxalidaceae — est l'un de ces arbres qui se sont taillé une place dans la dynamique du sanctuaire. Qu'une Ara ararauna vienne lui rendre visite en pleine floraison dit quelque chose sur la façon dont ces espaces prennent peu à peu vie par eux-mêmes, branche après branche.
Michel Salas est sorti ce dimanche-là avec une intention bien précise : noter ce qui fleurit. Dans un recoin du sanctuaire où les bananiers déploient leurs feuilles comme des auvents et où la terre demeure sombre et humide, il a d'abord trouvé une Mussaenda en pleine célébration — des bractées rose pâle et crème encerclant de petites fleurs verdâtres, brillantes dans l'épaisseur de la végétation, comme si la plante attendait depuis des semaines qu'un regard attentif se pose enfin sur elle.
Vingt-quatre mètres plus loin, au deuxième point du parcours, la découverte fut tout autre : une plante sauvage aux tiges rougeâtres et aux épis retombants d'un blanc-verdâtre, vraisemblablement un Amaranthus, ses feuilles criblées de trous par des insectes passés là bien avant Michel. Cette herbivorie — ces petites fenêtres vertes découpées dans le limbe — fait elle aussi partie des données, elle entre elle aussi dans l'inventaire.
Deux points géoréférencés, deux espèces, deux histoires différentes de la façon dont la vie pousse dans le même secteur du sanctuaire. C'est ainsi qu'avance le recensement botanique de la Fundación Loros : pas à pas, plante par plante, grâce à quelqu'un qui accepte de s'arrêter et de regarder.
Devant la maison du sanctuaire, entre la pelouse sèche et l'ombre d'une bougainvillée fuchsia, Michel Salas s'est arrêté devant un arbuste qui serait passé inaperçu pour tout regard pressé. C'était un crucetillo — Randia aculeata — avec ses tiges épineuses et ses petites feuilles d'un vert intense, et ce soir du 22 mars il portait des fleurs : tubulaires, pendantes, d'un jaune verdâtre à peine entrouvert, comme si elles n'avaient pas encore tout à fait décidé s'il était l'heure de se montrer.
Michel a documenté la trouvaille en trois photographies qui saisissent le port de l'arbuste, son cadre de jardin tropical et ces fleurs en train de s'ouvrir. Alentour, un papayer au fond et des arbustes aux fleurs roses et orangées complétaient la scène, rappelant que même le jardin le plus ordinaire du sanctuaire recèle ses propres histoires botaniques.
Le crucetillo, de la famille des Rubiaceae, est une plante native des Caraïbes colombiennes, connue pour ses fruits qui nourrissent les oiseaux. Le voir fleurir à l'entrée de la maison n'est pas un détail anodin : c'est un signe que le calendrier végétal suit son cours, ponctuel et silencieux, dans les 520 mètres carrés de Loros.
Parmi les coordonnées que garde le sanctuaire, il y a une plante qui, ce dimanche-là, refusait de passer inaperçue. Michel Salas l'a trouvée en pleine floraison — une Caesalpinia de la famille des Fabaceae — avec ce jaune si ardent qu'on dirait dérobé à une aube des Caraïbes. Les étamines filiformes s'ouvraient comme de petits feux d'artifice silencieux, et entre les branches pendaient déjà de longues gousses, vertes pour certaines, sombres pour d'autres, signe que la vie dans cette plante va bon train.
L'arbre pousse entouré d'une généreuse compagnie : des bananiers qui lui font de l'ombre, des buganvilias roses et orangées qui lui disputent la vedette des couleurs, et un ciel partiellement nuageux qui, ce 22 mars, n'arrivait pas à choisir entre la pluie et le calme. Les quatre photographies que Michel a prises ce jour-là ont capturé des fleurs ouvertes, des boutons en développement et le port général de l'individu — un portrait complet d'une plante qui a désormais un nom, des coordonnées et une place dans le carnet de bord du sanctuaire.
Michel Salas a parcouru hier une bande de végétation tropicale à la Fundación Loros, les yeux levés vers les arbres, jamais vers le sol. Le premier qu'il a rencontré était un mamón — Melicoccus bijugatus — grand et touffu, ceint d'une bande blanche autour du tronc pour tenir à distance les grimpeurs indésirables. Le nichoir était déjà en place entre ses branches, mais l'arbre s'est présenté sans fruits : ce n'est pas encore sa saison.
À quelques mètres, un autre arbre attendait avec plus de générosité. Le mamey — Manilkara zapota, de la famille des Sapotaceae — arborait ses fruits mûrs à la peau rugueuse et à la teinte brun-rougeâtre, suspendus dans le feuillage dense. Sur le tronc, des plaques de métal faisaient office de bouclier contre tout animal qui aurait eu l'idée de grimper. Lui aussi avait son nichoir, lui aussi installé de longue date, lui aussi vide.
Deux postes préparés, deux portes ouvertes. Il n'y avait personne à l'intérieur ce dimanche-là, mais les nichoirs sont toujours là, pointant entre les branches sous un ciel nuageux de mars, à attendre le locataire qui n'est pas encore venu.
Parmi le feuillage luisant d'un ficus, là où la sève laiteuse suintait le long de l'écorce comme si l'arbre transpirait sous la chaleur de mars, Michel Salas découvrit un perroquet à ailes orangées, posé avec la sérénité de celui qui occupe le même endroit depuis le début de la matinée. L'oiseau était seul. Le vert intense du corps, la tête jaune, et cette queue embrasée d'orange, de rouge et de jaune — comme si elle avait été conçue pour contredire la monotonie de la forêt.
L'Amazona amazonica ne broncha pas. Il se laissa photographier parmi les branches du Ficus — famille des Moraceae, l'un de ces arbres généreux qui offre fruits et ombre à parts égales — tandis que l'exsudat laiteux du tronc imprégnait l'air de son odeur si particulière. Il n'y avait pas d'autres individus aux alentours. Seulement ce perroquet, cet arbre, et Michel, l'œil collé à son objectif.
Dans l'après-midi du 22 mars, Michel Salas et Salomé Piza ont découvert sur les terres de la Fundación Loros quelque chose qui se perd facilement parmi les feuilles mortes : une dormilona en fleur. La plante, *Mimosa pudica*, poussait sur un sol sec et tapissé de feuilles tombées, ses fines tiges chargées de boutons verts à peine naissants, et une fleur déjà ouverte qui déployait ses filaments blancs teintés de jaune — discrète et précise, comme le sont souvent les choses qui méritent le plus qu'on s'y attarde.
La dormilona est de ces plantes que presque tout le monde a effleurées, enfant, pour la voir se replier sur elle-même, mais que l'on s'arrête rarement à regarder vraiment. Elle appartient à la famille des Fabaceae, sous-famille Mimosoideae, et sa floraison dans cet environnement de transition saisonnière dit quelque chose de l'état du sol et du moment. Michel et Salomé l'ont photographiée et ont consigné l'observation avec des coordonnées précises : 10.4473°N, 75.2620°O. Une découverte modeste en taille, mais juste dans ce qu'elle raconte.
Michel Salas a parcouru cet après-midi la zone du sanctuaire, les yeux grands ouverts et l'appareil photo à portée de main. Parmi les découvertes de la promenade, il a trouvé une parcelle rurale où plusieurs pieds de bananier — Musa sp. — arborent leurs régimes verts qui pendent, lourds et généreux, ainsi que leurs inflorescences d'un violet intense, ces fleurs qui ressemblent à un cœur tout juste né. En arrière-plan, des manguiers laissent deviner leurs fruits entre le feuillage, et une petite construction en brique coiffée d'un toit en zinc confère à l'endroit cet air de finca caribéenne de toujours.
Mais l'autre trouvaille de la journée était plus discrète, et peut-être plus saisissante pour qui sait regarder : une plante du genre Senna — famille des Fabaceae, sous-famille des Caesalpinioideae — s'épanouissant au cœur d'une végétation forestière dense. Michel la tenait entre ses doigts pour mieux la mettre en valeur, et sur la photo on distingue les fleurs jaunes grandes ouvertes aux côtés de plusieurs boutons qui attendent encore leur tour. Ce jaune lumineux tranché sur le vert sombre de la forêt est l'une de ces couleurs que le sanctuaire sait offrir sans prévenir.
Deux coquillos sur la terre sèche
Jillian Pomare arriva ce dimanche-là avec deux plantes dans les mains, racines comprises. Elle les déposa sur le sol sablonneux et compact, là où les empreintes de pas racontaient le va-et-vient du travail de terrain. C'étaient deux spécimens de Cyperus sp. — ce que dans ces terres nous appelons coquillo ou jonc — avec leurs tiges triangulaires inconfondables et leurs inflorescences déployées comme de petits épis poussiéreux : l'une encore d'un vert jaunâtre, l'autre déjà sèche et dorée, comme si le temps entre les deux s'était écoulé en quelques centimètres à peine.
L'enregistrement se résumait à cela : deux plantes arrachées de leur sol, posées sur une terre aride, sans autre compagnie qu'une feuille morte tombée à côté. Pas d'animaux, pas de présence humaine visible. Seulement ce geste silencieux d'extraire quelque chose de la terre pour l'examiner de près — geste qui est bien souvent le premier pas vers la compréhension de ce qui pousse, et de ce qui supplante, dans les espaces ouverts de la réserve. Le coquillo est une mauvaise herbe tenace dans les zones agricoles, et sa présence ici mérite que l'on s'y attarde.
Dans la forêt secondaire de la Fundación Loros, là où la terre sèche cache des tapis de feuilles mortes et où les troncs abattus portent en eux des histoires plus anciennes, Michel Salas s'est arrêté devant un arbre qui n'avait nul besoin de se faire annoncer. C'était un mamón — Melicoccus bijugatus, de la famille des Sapindaceae — au tronc gris et robuste s'élançant vers le haut en branches qui tissent une canopée généreuse contre le ciel couvert. Sur l'écorce, presque comme des locataires discrets, poussent des plantes épiphytes qui pourraient être des broméliacées ou des fougères, installées là sans demander la permission.
Ce dimanche-là, Michel n'a observé aucune faune visitant l'arbre — ni loros, ni oiseaux, ni rien qui se déplace parmi ses branches. Mais le mamón était là, droit sur les coordonnées 10.4473, -75.2618, ses racines superficielles s'étendant sur la terre comme des doigts immobiles. Parfois un arbre n'a pas besoin de témoins pour compter ; il suffit que quelqu'un le trouve et dise : le voilà, il existe, nous l'avons vu.
Dans un recoin du sanctuaire où le sentier de terre disparaît sous la végétation tropicale, Michel Salas a trouvé quelque chose qui n'était pas tout à fait sauvage : deux bougainvilliers plantés, silencieux et embrasés en pleine floraison. Le premier, aux bractées rose fuchsia, pousse au bord d'un étang aux eaux verdâtres, si flamboyant qu'il semble prendre feu contre le ciel bleu des Caraïbes. Le second, blanc crémeux, pointe plus discrètement entre les troncs fins d'un chemin ombragé, comme s'il préférait le silence.
Ce que Michel a photographié ne sont pas des fleurs au sens strict : ce sont des bractées, des feuilles modifiées chargées d'anthocyanes, les mêmes pigments qui colorent les mûres et les aubergines. Au cœur de chaque groupe de bractées, presque cachées, s'épanouissent de petites fleurs tubulaires blanc-jaunâtre. La couleur que l'on voit — ce fuchsia qui arrête le pas — dépend de la lumière, du pH du sol et de la santé de la plante.
Toutes deux sont des espèces introduites en Colombie, cultivées par l'être humain à partir de *Bougainvillea glabra* et de *Bougainvillea spectabilis*, originaires d'Amérique du Sud mais étrangères à ces terres des Caraïbes colombiennes. Quelqu'un les a apportées, quelqu'un les a plantées, et elles sont toujours là, habitant le sanctuaire d'une beauté qui n'a demandé la permission à personne de rester.
Le limoncillo que personne ne se souvient d'avoir planté
Michel Salas se promenait dans le sanctuaire lorsqu'il le découvrit : un citronnier (*Citrus × aurantiifolia*) que quelqu'un avait planté un jour, en un moment que personne n'a su préciser. Il se trouve aux coordonnées 10.4475, -75.2618, à l'intérieur du sanctuaire de la Fundación Loros, entouré d'une végétation tropicale luxuriante et de bougainvillées roses et rouges qui surgissent au fond comme si elles voulaient confier quelque chose au ciel bleu de cet après-midi de mars.
Pas de date de plantation. Pas de nom pour celui ou celle qui l'a mis là. Juste l'arbre, silencieux et bien ancré, ses feuilles luisantes filtrant la lumière du soir, indifférent au mystère de ses propres origines. Il y a quelque chose de touchant dans tout cela : que quelqu'un, à un moment donné, ait décidé de planter un limoncillo dans ce coin du sanctuaire, et que l'arbre ait continué de grandir sans avoir besoin que quiconque s'en souvienne.
Cela est désormais consigné. Si quelqu'un sait qui l'a planté et quand, le journal de bord a encore de la place pour cette histoire.
Michel Salas longeait le domaine quand quelque chose attira son regard — quelque chose qui ne cadrait pas tout à fait : un arbuste d'hibiscus en pleine floraison, ses fleurs rose-rouge aux pétales doubles s'épanouissant sous le soleil de l'après-midi. Frappant, sans aucun doute. Mais l'*Hibiscus rosa-sinensis* n'est pas d'ici — il est arrivé, comme tant de plantes ornementales, parce que quelqu'un, un jour, a voulu embellir un jardin.
Les palmiers à l'arrière-plan et le ciel dégagé achevaient de composer un tableau tropical, presque une carte postale. Sauf qu'à la Fundación Loros, ce genre de carte postale porte ses nuances : ce qui brille n'appartient pas toujours à ce lieu. L'observation est consignée dans l'inventaire du domaine aux coordonnées 10.4474, -75.2618 — une note en marge sur ce qui pousse dans ces 520 hectares, le natif et ce qui est venu après.
Le numéro 2 et ses douze compagnons
Pendant des années, le guacamayo numéro 2 a porté un verdict qui semblait sans appel : il était trop apprivoisé pour vivre en liberté. Il avait grandi si près des humains, si habitué à leur présence, que beaucoup doutaient qu'il pût jamais trouver sa place parmi les arbres. Mais les animaux, parfois, se chargent eux-mêmes de démentir ce que nous croyons savoir d'eux.
Le 21 mars, Alejandro Rigatuso l'a retrouvé dans le secteur des volières d'Ara, près du Cerro El Peligro, et ce qu'il a vu ne laissait aucune place au doute : le numéro 2 volait, intégré à une volée d'une douzaine de guacamayos, comme si cela avait toujours été ainsi.
Cela fait des mois qu'ils sont en liberté. Il n'est plus le guacamayo docile des volières — il est l'un parmi douze, dans une troupe qui se déplace et décide ensemble. Parfois, la douceur n'est pas une condamnation, mais simplement un point de départ.
En pleine saison sèche, quand la forêt montre ses os, un groupe d'élèves est parti de La Manga vers El Peligro, guidé par José Marín. Le paysage qui s'offrait à eux était celui de la forêt sèche tropicale sans fard : herbes jaunies, arbustes poudreux et arbres ayant abandonné leurs feuilles comme on retire un manteau. Dans ce décor d'aridité apparente, ils ont recensé trois ceibas — ces géants à l'écorce grise et épineuse qui s'imposent de loin — ainsi qu'un orejero (Enterolobium cyclocarpum) qui se dressait, solennel, parmi la végétation clairsemée.
La découverte la plus surprenante de la journée fut un fruit sec ouvert de la famille des Apocynaceae, trouvé au début du parcours. L'enveloppe extérieure était d'un vert grisâtre, mais à l'intérieur se cachait une surprise : une graine enveloppée de fibres rousses et soyeuses, comme si l'arbre avait dissimulé quelque chose de doux au cœur de toute cette rudesse. Quelqu'un l'a photographiée sur fond de ciel bleu, avec la garrigue dénudée à l'horizon, et l'image est restée comme un petit portrait de ce que la forêt sèche est capable de garder, même en ses jours les plus arides.
Michel Salas s'est mis en route ce dimanche-là sur les chemins de terre de la réserve, l'appareil photo en bandoulière et le regard aux aguets. Au premier point qu'il a noté, la végétation l'a accueilli avec une abondance silencieuse : une liane aux fruits rouge-orangé fendus en deux, offrant leurs graines noires comme si elles posaient pour lui ; plus haut, une autre plante grimpante, tout à fait différente, laissait pendre des fleurs rose-lilas dans le feuillage vert, découpées sur le bleu du midi. Et dominant l'ensemble, le tronador — cet arbre de grande allure et de tronc épais que les gens d'ici connaissent bien sous leur nom, même si la science n'a pas encore daigné leur donner raison.
À quelque cinq cents mètres vers l'orient, le paysage changeait de couleur. Le chemin se faisait plus sec, plus sablonneux, avec des arbustes qui commençaient à porter la marque de la sécheresse. C'est là que Michel a trouvé le fruit le plus étrange du jour : petit, vert, strié de cannelures, avec la forme exacte d'une calebasse en miniature. Il l'a tenu au creux de sa paume pour le photographier sous toutes les coutures. Personne dans l'équipe n'a pu lui dire son nom. Parfois la forêt garde ses secrets ainsi, sans se presser, en attendant que quelqu'un revienne poser la question.
Michel l'a trouvé droit et solitaire dans la broussaille sèche, le tronc gris se divisant vers le ciel comme des bras grand ouverts : un orejero de belle stature, Enterolobium cyclocarpum, répertorié dans l'un des secteurs les plus arides du sanctuaire. Ce qui a le plus frappé, c'est de le voir exister dans deux temps à la fois — les gousses mûres, noires et gonflées, pendant aux côtés de petites fleurs blanches et duveteuses, comme si l'arbre refusait de choisir entre le passé et l'avenir.
L'orejero porte sur lui plusieurs siècles d'usage. Avec ses fruits, on prépare le dulce de carito, cette saveur que connaissent bien les habitants de la côte caraïbe colombienne, et ils servent aussi à soulager les infections de gorge. Le tronc et les branches alimentent les fours à charbon de bois. Mais il y a un détail que Michel a mentionné presque en passant : les ardillas fréquentent beaucoup cet arbre, attirées par ses graines et ses gousses. Ainsi, en silence, l'orejero est depuis des décennies garde-manger, remède et refuge tout à la fois.
Il est désormais consigné aux coordonnées exactes où Michel l'a découvert, au cœur du matorral tropical sec de la réserve. Un arbre qui, à ce qu'il semble, n'a jamais eu besoin que quiconque lui explique à quoi il sert.
Sous un ciel bleu de mars, Michel marchait à travers la campagne quand il tomba sur lui : un totumo de taille moyenne, aux branches déployées dans tous les sens, chargé de fruits sombres et ronds à différents stades de maturité. L'arbre était seul, sans oiseaux ni mammifères pour venir se disputer cette abondance. Michel prit ses photos, nota les coordonnées et l'ajouta à la carte des ressources alimentaires de la Fondación.
Le totumo — *Crescentia cujete* — est de ces arbres que, dans le Caribe colombien, on finit par tenir pour acquis : ses fruits apparaissent dans les cours, les pâturages et les bords de chemin depuis toujours. Mais pour les espèces que la Fondación protège et réhabilite, un arbre en pleine production est exactement ce dont la carte a besoin : un point de repère, un garde-manger balisé, une promesse que la nourriture sera là quand il le faudra.
Sous un ciel d'un bleu sans excuses, Michel Salas s'est arrêté devant l'un des arbres les plus anciens et les plus reconnaissables du sanctuaire : un tamarindus au tronc épais et à la couronne généreuse qui, ce dimanche 22 mars, ployait sous le poids de ses gousses. Les branches s'étiraient dans tous les sens comme des bras qui offrent quelque chose, et parmi elles pendaient les fruits sombres et incurvés du Tamarindus indica, confirmant que l'arbre traverse une saison de pleine fécondité.
Michel a consigné la présence de l'individu avec deux photographies et ses coordonnées précises. L'arbre figurait déjà sur la carte du sanctuaire, mais le rapport d'aujourd'hui lui ajoute quelque chose d'essentiel : il produit des fruits, il est actif, en bonne santé. Dans une zone de végétation sèche comme celle-ci, où l'herbe jaunit et où les arbustes se serrent contre le sol, ce tamarindus est un garde-manger ouvert pour la faune des environs.
La chronique a été consignée dans le carnet de bord avec les coordonnées, les photos et la signature de Michel. Le tamarindus sera toujours là, distribuant ses gousses à ceux qui sauront le chercher.
Michel trouve de la moringa parmi les uvitos sauvages
Ce dimanche de mars, Michel Salas marchait parmi les broussailles du sanctuaire quand les uvitos l'arrêtèrent net : plusieurs arbres ployant sous des grappes de fruits qui viraient du vert au jaune sous un ciel sans le moindre nuage. Il les photographia par en dessous, le feuillage se refermant sur l'azur, puis continua son chemin.
Plus loin dans les entrailles du sous-bois, parmi l'enchevêtrement de branches et de lianes, il découvrit deux plantes supplémentaires. L'une, que les habitants du coin appellent pica pica : urticante, avec ses gousses sèches et ses fruits, dont l'identité taxinomique exacte reste encore à confirmer. L'autre, tenue entre ses mains et confrontée à la page 69 du guide de terrain, s'avéra être de la moringa — Moringa oleifera — tout à fait sauvage, avec ses feuilles pennées et ses fleurs blanches épanouies sur un sol desséché de végétation tropicale sèche.
Personne ne l'avait semée là. Elle était seule, en fleurs, sans que quiconque l'y ait invitée.
Michel Salas marchait entre les buissons quand il la trouva : une petite plante à la tige fine, aux feuilles ovales, et surgissant du feuillage sec, une rangée de baies rouges si intenses qu'elles semblaient fraîchement peintes. C'était la Rivina humilis, connue dans ces parages sous le nom de sangresuela, et il ne tarda pas à se rappeler à quoi les enfants d'ici l'utilisent — ils pressent ces petites baies contre leur peau et apparaissent le bras taché de rouge, simulant des blessures qui font peur aux mères et arrachent des éclats de rire à leurs amis.
La plante était en pleine floraison, ses boutons en grappes pointant vers le ciel et ses fruits mûrs pendant comme de petites perles de collier. Michel la photographia aux coordonnées du sanctuaire, dans ce recoin de végétation basse et d'herbe pailleuse où la Rivina humilis de la famille des Petiveriaceae pousse presque en silence, sans attirer l'attention de quiconque ne sait pas la chercher. Mais une fois qu'on la voit, avec ce rouge vif parmi tant de vert et de terre sèche, il n'est plus possible de l'ignorer.
Dans l'épaisse végétation du sanctuaire, Michel Salas avançait lentement le long d'un des sentiers intérieurs, avec ce regard attentif de celui qui sait que la forêt garde toujours quelque chose. C'était le 22 mars quand, son sac à dos sur l'épaule, il s'arrêta net devant un arbre qui le cloua sur place : un Pseudobombax ellipticum en pleine floraison, ses fleurs blanches éclatant en grappes d'étamines fines comme des fils de soie.
L'espèce, connue populairement sous le nom d'algodón de seda, appartient à la famille des Malvaceae et offre une floraison qui ne passe pas inaperçue : ces fleurs sans pétales visibles, pure étamine, ressemblent à des pompons suspendus entre les branches. Michel la photographia et la consigna dans l'inventaire botanique qu'il menait cet après-midi-là, aux coordonnées situées au nord de la réserve.
La découverte fut dûment enregistrée : un individu en fleurs, documenté, dans un recoin de forêt que les sentiers traversent, mais où le regard, lui, ne s'attarde pas toujours.
Le sol était si craquelé qu'il ressemblait à une carte déchirée en mille morceaux. C'est ainsi que Michel Salas trouva le terrain lorsqu'il sortit faire sa tournée d'inventaire floristique dans ce coin du sanctuaire où la forêt sèche étouffe et la végétation se disperse comme si elle aussi cherchait de l'ombre. Entre arbustes et gousses pendantes, Michel notait, photographiait, touchait feuilles et fruits avec la sérénité de celui qui sait lire le terrain.
La découverte du jour fut une liane. En la coupant, elle laissa échapper un exsudat abondant — ce "lait" blanc qui est le signe inimitable de la famille des Apocynaceae, sous-famille Asclepiadoideae. Plus loin, un autre cadeau : un fruit déjà ouvert, offrant vers l'extérieur ses fibres blanches et soyeuses comme s'il tendait quelque chose. Dans le creux de sa main, Michel rassembla trois graines noires dont la radicule pointait déjà — germant là, à l'air libre, prêtes à se laisser porter par le vent vers un autre recoin du sanctuaire.
Six enregistrements photographiques au total, pour une journée courte mais dense. La forêt sèche recèle bien plus qu'elle ne laisse paraître au premier regard.
Le dimanche 22 mars, Michel Salas s'est accroupi dans l'épaisse végétation de La Manga et a découvert ce que le sanctuaire gardait sans le proclamer : un plant de campanilles sauvages aux fleurs bleu-violacées en forme de trompette, des boutons verts serrés attendant leur tour pour s'ouvrir. C'était une Convolvulaceae — probablement une Ipomoea — poussant à ras de terre, discrète parmi les herbes sèches et les plantes enchevêtrées, comme si elle vivait là depuis longtemps sans que personne ne s'en soit aperçu.
Michel l'a photographiée deux fois : d'abord de loin, où l'on distingue la tache de couleur au milieu de tout ce vert ; puis en tenant une branche d'une main pour révéler le détail des boutons. Dans cette deuxième photo, tout est dit : la plante, la main, l'épaisseur de la végétation en arrière-plan. La découverte a été géoréférencée aux coordonnées 10.444474°N, 75.257507°O, un point de plus sur la carte vivante du sanctuaire.
Les Ipomoea sont des maîtresses du camouflage — elles surgissent là où on les attend le moins, grimpent, rampent, fleurissent en bleu quand tout le reste de la forêt reste dans le vert — et cette observation de Michel est un rappel que La Manga a encore des secrets à offrir à qui prend la peine de se pencher pour regarder.
Sur le sentier de terre qui traverse la forêt tropicale de la réserve, Michel Salas s'est arrêté devant une liane qui descendait généreusement depuis les cimes, avec ce feuillage vert brillant qui semble absorber toute la lumière du matin. Carnet en main, Michel a soulevé une branche pour l'examiner de près : elle appartient à la famille des Sapindaceae, un groupe qui va du mamoncillo au guaraná, et qui dans ces forêts trouve son expression la plus sauvage sous la forme d'une liane grimpante.
Les fruits pointaient à peine, encore verts et immatures, gardant en eux la promesse de virer au brun lorsque leur heure serait venue. Pendant que Michel consignait les détails, un chien brun errait sur le sentier derrière lui, indifférent à la découverte, comme si la forêt était l'endroit le plus naturel du monde pour passer l'après-midi. Les coordonnées ont été notées, les photos prises, et la liane a continué de pendre au-dessus du chemin, aussi silencieuse et patiente qu'elle l'a toujours été.
Ce qui fleurit sans que personne ne l'ait semé
Le dimanche 22 mars, Jillian Pomare a parcouru les jardins et les zones boisées du sanctuaire avec la sérénité de quelqu'un qui ne cherche rien de particulier et finit par tout trouver. Parmi l'herbe verte et l'ombre généreuse des grands arbres, une fleur de Canna indica est apparue — corail tirant sur le saumon, les pétales grands ouverts comme si elle attendait depuis des jours que quelqu'un la remarque — que Jillian a soulevée vers la lumière du soleil pour l'immortaliser.
Plus loin dans les bois, le chemin a laissé s'égrener des images du sanctuaire dans son état le plus ordinaire : le feuillage cireux et sombre de ce qui ressemble à un ficus adulte, les branches étendues de la canopée filtrant le ciel bleu de mars, et le toit rouge de la petite maison rurale se devinant entre la végétation comme une partie naturelle du paysage. Rien d'extraordinaire en apparence, mais la confirmation silencieuse que l'endroit est vivant et en bonne santé.
Parfois, le carnet de terrain n'enregistre pas des événements, mais des présences. Ce jour-là en était un.
Le dimanche 22 mars, José Marín pénétra dans la forêt de la Fundación Loros accompagné d'un groupe d'étudiants en Botanique de l'Universidad de Cartagena. Le sentier les accueillit peu à peu : d'abord l'ombre épaisse d'un arbre aux branches déployées, puis le tunnel de verdure que tisse la végétation au-dessus du chemin de terre, avec la lumière du soleil se faufilant entre le feuillage et dessinant des taches dorées sur le sol. Au loin, les collines demeuraient enveloppées de ce vert qui ne demande permission à personne.
À mesure qu'ils avançaient, le groupe allait nommant ce que la forêt leur montrait : des ronces emmêlées aux lisières du chemin, des lianes suspendues avec cette lente patience qui appartient aux plantes grimpantes. José signala qu'il existait bien d'autres espèces d'intérêt botanique dans la zone — l'inventaire en était à ses débuts lorsqu'ils envoyèrent leur dernier message : ils étaient encore à l'intérieur, en train de chercher.
Il y a quelque chose de précieux dans une classe de terrain qui ne se termine pas à l'heure parce que la forêt a encore tant à offrir. C'est ce qui se passa ce dimanche-là dans la réserve : le sanctuaire joua son rôle sans le proclamer, et les étudiants repartirent les mains pleines.
Dans le secteur que les membres de la Fundación appellent La Manga del Peligro, Michel Salas a levé son appareil vers le ciel de midi et a saisi ce que l'arbre avait à offrir : une cime ouverte, généreuse, ses branches se terminant en grappes de fruits blancs comme de petites perles. C'était une de ces journées au soleil limpide, où le bleu du ciel au-dessus de Cartagena semble tout juste sorti d'un pinceau.
L'arbre est une uvita — Cordia dentata, connue dans ces bois pour ses petits fruits qui attirent oiseaux et mammifères à maturité — et ce dimanche-là, il était lourdement chargé. Michel n'a vu aucun animal à cet instant précis, mais les fruits ne mentent pas : quand l'uvita est aussi abondante, les visiteurs ne sont plus qu'une question de temps.
Ce dimanche-là, Michel Salas s'aventura seul à travers La Manga del Peligro sous un ciel sans un nuage, de ce bleu intense qui n'apparaît que lorsque l'été serre vraiment les côtes de toute sa force. Le maquis traversait cette transition particulière que les botanistes affectionnent tant : un mélange de vert vif et de brun sec, de branches entrelacées alourdies de gousses qui craquent sous le vent. Michel documenta soigneusement deux points GPS et consigna ce que la brousse avait à offrir : une liane aux fruits en samare, ces structures ailées et légères que le vent emportera au loin dès que soufflera la bonne brise, et plusieurs arbres de la famille des Fabaceae chargés de denses grappes de légumineuses sèches, beiges, qui pendaient lourdement aux branches.
Mais la trouvaille la plus précieuse du jour fut une plante que Michel identifia sans hésiter : Brickellia sp., de la famille des Asteraceae, dont les fruits secs et plumeux se dispersaient dans la végétation comme de petites fusées de coton. Il s'agit d'une espèce peu fréquente dans les relevés de la réserve. Six photographies restent comme témoignage d'un secteur qui, à en juger par ce que révèlent les images, recèle bien plus qu'il n'y paraît au premier regard.
Gousses pendantes et oothèque de mante dans la canopée
Michel Salas leva les yeux à travers le feuillage et trouva ce que la forêt avait laissé là pour celui qui saurait regarder : une liane de la famille des Bignoniaceae grimpant entre les cimes, ses longues gousses sombres se balançant doucement contre le ciel bleu de mars. Vue d'en bas, la masse de branches et de feuilles aux formes variées semblait un tissu serré, presque impénétrable — mais les gousses pendantes la trahissaient.
Plus bas, sur une branche fine à portée de main, Michel découvrit quelque chose de plus discret : une oothèque à la texture rugueuse et à la teinte grisâtre, collée avec la fermeté de celle qui sait que quelque chose d'important attend à l'intérieur. Elle pouvait appartenir à une mantis religiosa ou à quelque autre insecte — le terrain ne livre pas toujours toutes ses réponses d'un seul coup. Ce qui était certain, c'est que dans ce recoin de la réserve, entre lianes et branches entrelacées, la vie était occupée à ses propres affaires.
Ce dimanche 22 mars, Michel Salas s'enfonça dans la forêt sous un ciel d'un bleu intense, ce bleu particulier que n'offre que le matin sec de la Costa. Dans l'épaisse broussaille de la réserve, là où les branches s'entrelacent et où la litière de feuilles crisse sous les pas, il retrouva l'uvito en pleine floraison — cette même liane aux fleurs blanc-jaunâtres qui a déjà laissé sa trace dans d'autres pages de ce journal — suspendue aux arbustes comme si elle n'avait cessé de croître depuis la dernière visite.
À quelques mètres de là, presque dissimulée dans la végétation arbustive, Michel identifia deux individus d'Urera baccifera, la pringamosa qui inspire tant de respect à quiconque la frôle par mégarde. Elle était là, avec ses feuilles lobées d'un vert jaunâtre, ses tiges hérissées d'épines fines et ses petites grappes de fleurs blanches pointant vers le haut. Il ne faut pas la toucher, mais il faut la regarder : dans ce recoin des 520 hectares, la pringamosa fleurit avec la même sérénité que tout ce qui l'entoure.
Michel consigna quatre photographies et deux points GPS de la zone — coordonnées 10.4456°N, 75.2598°O — avant de poursuivre son chemin. La forêt tropicale fait son œuvre, silencieuse et ponctuelle.
La guacamaya azul perchée parmi les piments ají guai guao
Le 25 janvier, Salomé Piza et Michel Salas ont sillonné les broussailles de la réserve sous un ciel dégagé — le genre de ciel qui fait flamboyer le vert des bananiers. Au premier point du parcours, parmi les larges feuilles des Musaceae et les panaches verts du blite — cet Amaranthus retroflexus qui pousse sans que personne ne l'ait semé —, ils ont trouvé ce qui en valait la peine : une Ara ararauna, la guacamaya bleu et jaune, posée en silence sur le feuillage. Elle est en cours de réhabilitation, et ce jour-là elle s'est laissé filmer sans hâte, comme si elle savait qu'elle avait tout son temps.
Quelques mètres plus au nord, le sous-bois se faisait plus dense. Salomé et Michel ont répertorié une Fabaceae aux gousses sèches qui pendaient, brunes, le long des branches — espèce encore à confirmer — ainsi qu'un arbuste chargé de fruits à tous les stades de leur vie : verts, oranges, noirs. C'était Capsicum frutescens, l'ají guai guao, comme l'appellent les gens de la campagne par ici. Avec cette dernière observation, ils ont clos la journée, la réserve révélant, peu à peu, ce qu'elle tient en réserve.
La Casa Plantada s'éveille en mars
Gerard O'Neill est arrivé à la Casa Plantada, appareil photo en main, et a découvert un recoin qui semblait avoir fleuri d'un seul coup. En une seule promenade, il a répertorié 14 espèces : la buganvilia au pourpre ardent qui vivait là bien avant que quiconque songe à lui donner un nom, le corozo élancé se découpant sur un ciel bleu, le platano avec son régime tendre et sa fleur rose suspendue comme une lanterne, et un Cordia alba — l'uvito de la famille des Boraginaceae — chargé de fruits verts en grappes sur ses rameaux.
Le plus inattendu fut la Sansevieria en fleur. Cette plante aux feuilles mouchetées, qui peut passer des années sans donner le moindre signe de floraison, s'était parée d'une grappe de fleurs jaune-verdâtre aux étamines fines comme des fils. Tout près d'elle, les cannas exhibaient leurs couleurs : l'une orange-saumon, tenue entre les doigts de Gerard, l'autre rouge-rosé avec ses boutons encore fermés. On apercevait aussi ce qui ressemblait à un carambolo aux fruits encore en formation, et un arbuste dont les feuilles portaient les marques d'un insecte — détail infime que l'objectif ne laissa pas passer.
La Casa Plantada s'est réveillée ce dimanche 22 mars avec plusieurs espèces en fleur et en fruits en même temps, comme si ce coin de jardin avait décidé, d'un commun accord, de tout révéler d'un seul souffle.
Ce dimanche de mars, Michel Salas longeait le sanctuaire quand la fleur d'un papayer l'arrêta net. La plante, une *Carica papaya* de la famille des Caricaceae, était en pleine floraison, ses fleurs ouvertes et fertiles sous le bleu intense du ciel de dix heures du matin. Posé sur elles, un papillon que Michel identifia comme *Parides photinus* accomplissait son antique office : aller de fleur en fleur en transportant le pollen sans le savoir, sans hâte, avec la précision silencieuse de celui qui fait la même chose depuis des millions d'années.
Quelques pas plus loin, une autre découverte le surprit : un pied d'ají (*Capsicum sp.*) que personne n'avait semé, poussant seul au milieu de la végétation tropicale, ses fruits encore verts, petits et fermes, pointant entre des feuilles luisantes. Près d'une structure rustique en palme, la plante avait décidé, à sa façon, que c'était là son endroit. À la Fundación Loros, la nature n'attend parfois la permission de personne.
Le 22 mars, Salomé Piza a remarqué quelque chose que bien peu de gens remarquent, même quand c'est là devant eux : un aloès en pleine floraison. La plante se tenait droite dans un jardin de la zone d'influence de la Fundación, avec cette longue tige ferme qu'elle élance vers le ciel quand son heure est venue, entourée de ses feuilles épaisses et épineuses qui gardent l'eau comme un secret. Le soleil tapait dur sur la terre sèche, et en arrière-plan, un bougainvillier rose jetait sa couleur vive contre une structure en bois peint de teintes éclatantes.
L'Aloe vera — la sábila de toujours, celle qui vit dans les pots et les cours depuis des générations — n'est guère le centre de quelque observation que ce soit. Pourtant, ce relevé a sa valeur : il témoigne que dans les environs de la réserve vivent des plantes chargées d'une longue histoire d'usage humain, des plantes qui fleurissent elles aussi, qui accomplissent elles aussi leurs cycles, qui méritent elles aussi qu'on les regarde avec attention. Salomé l'a regardée, l'a photographiée, l'a signalée. C'est parfois ainsi que commence le suivi : par ce qui est proche, par ce qui a toujours été là.
Campanilla morada entre las piedras del santuario
C'est Michel Salas qui la découvrit en premier : deux fleurs d'un violet presque impossible, se frayant un chemin entre les pierres et la terre sableuse au cœur du sanctuaire de la Fundación Loros. C'était Ruellia simplex, la campanilla morada, avec ses pétales larges et délicats qui tranchent sur les tiges rougeâtres et les longues feuilles sombres qui les soutiennent. La lumière de midi tombait directement sur elles, rendant la couleur encore plus intense contre le sol clair.
Ce qui attira l'attention ne fut pas seulement la beauté de la plante, mais l'endroit : poussant seule, sans compagnie apparente, sur un terrain aride parsemé de cailloux, comme si elle avait décidé de s'y installer à sa propre initiative. Michel leva son appareil photo et la consigna pour le journal de bord. Genre Ruellia, famille Acanthaceae. Une petite note de couleur sur la carte vivante du sanctuaire.
Ce dimanche de mars, Michel Salas a parcouru le jardin du sanctuaire avec la sérénité de celui qui sait prendre le temps de regarder. Entre les parterres de ciment et le sol sableux que le soleil dessèche sans pitié, il a découvert une à une les plantes qui cohabitent dans ce coin de verdure de la Fundación : l'Ixora avec ses grappes de fleurs rouge vif, la bugambilia déversant son violet sur les branches de l'almendro, et la sábila qui s'étend en rosettes charnues près de l'aire de jeux.
Mais c'est l'uvito — un Cordia alba au port généreux et à la cime large — qui a volé l'après-midi. Michel l'a photographié avec ses fleurs jaune-orangé et ses fruits verts en même temps, cette rarité phénologique qui survient entre février et mars sur la côte caraïbe colombienne. Espèce native de Bolívar et de presque tout le littoral, l'uvito est un arbre aux mille usages : il fournit du bois de chauffage, forme des haies vives, nourrit le bétail et les pollinisateurs, et offre des fruits sucrés que les humains peuvent également savourer. Ses fleurs ont été utilisées en médecine traditionnelle contre les douleurs d'estomac et la bronchite.
Ce que les fiches botaniques ne racontent guère, c'est qui porte ses graines jusqu'à la forêt : la chauve-souris frugivore Carollia perspicillata, ce petit navigateur nocturne qui œuvre en silence pendant que le jardin dort.
À l'entrée du sanctuaire, là où le chemin de terre se fraie un passage entre la végétation tropicale, une papaye attend celui qui arrive. Salomé Piza l'a trouvée ce matin chargée de fruits verts collés au tronc, avec des fleurs jaunes s'échappant entre les feuilles — comme si l'arbre voulait montrer tout ce qu'il possède en même temps. Quelqu'un l'a plantée ici avec intention, auprès d'une structure en bois qui fait office de porte d'entrée au lieu.
La Carica papaya n'est pas une espèce sauvage du sanctuaire, mais sa présence cultivée à cet endroit obéit à une logique simple et généreuse : un arbre fruitier sur le seuil est signe que le lieu est vivant et habité. Avec le ciel bleu dégagé en toile de fond et l'épaisseur verte qui se referme des deux côtés, cette papaye semble avoir trouvé exactement l'endroit où elle voulait être.
B177 a des ailes mais a oublié de s'en servir
Dans l'aviaire 1, accroché au grillage métallique avec la sérénité tranquille de celui qui est resté immobile depuis trop longtemps, le loro amazónico B177 FL-VN contemple le monde depuis son perchoir sans aucune hâte de prendre son envol. C'est ainsi qu'Alejandro l'a trouvé cet après-midi : plumage vert brillant rehaussé de reflets jaunes sur la tête et de taches rouges sur les ailes, tout en ordre, tout intact. Le problème n'est pas dans les ailes — elles sont entières — mais quelque part de bien plus difficile à voir. Ce loro ne vole tout simplement pas, ou ne le veut plus, ou ne se souvient plus vraiment comment faire.
La captivité laisse cette empreinte silencieuse. Il ne s'agit pas toujours de blessures visibles ni de plumes coupées, mais d'une habitude qui s'est éteinte peu à peu, au fil de journées identiques passées entre les mêmes murs. B177 a besoin que quelqu'un le convainque que l'air lui appartient encore. L'équipe de réhabilitation commencera à travailler avec lui sur des activités de stimulation du vol, avec patience, sans précipitation — car dans ce métier, la hâte ne mène nulle part.
Le currucutú qui n'avait pas oublié chasser
Un búho currucutú (Megascops choliba) est arrivé à la Fundación Loros depuis un établissement scolaire de la région dont le nom n'a pas été consigné. C'était un individu qui avait besoin de soins avant de pouvoir reprendre sa route, et c'est Angélica, représentante de la Fundación, qui le conduisit le 27 février 2026 jusqu'au CAV —Centro de Atención a Víctimas de la fauna silvestre— pour y poursuivre son processus de réhabilitation.
Quelques jours après sa remise en charge, le CAV filma quelque chose qui méritait d'être documenté : le currucutú chassant une souris vivante. Dans la vidéo, on voit le petit búho —avec ses aigrettes caractéristiques et ces yeux jaunes qui semblent en savoir trop— agir avec la précision silencieuse qui définit son espèce. Aucun doute ne subsistait : l'instinct était resté intact.
Cet instant capturé en vidéo est, dans le langage de la réhabilitation, une bonne nouvelle. Il signifie que le chemin du retour est ouvert.
Le poussin de búho currucutú qui traversa trois organisations
Une école du quartier l'avait apporté sans prévenir : un poussin de búho currucutú, petit et désorienté, que Carlos reçut à la Fundación Loros et prit en charge dès le premier instant. Le 27 février, Angélica le conduisit au Centro de Atención a la Vida Silvestre du EPA Cartagena, où Marcela — alliée de longue date de la Fundación — et son équipe technique l'accueillirent avec des gants et beaucoup d'égards, prêts à affronter ce qui viendrait.
Ce qui vint fut mieux que prévu. Au CAV, le currucutú — plumage brun-grisâtre, yeux jaunes empreints de ce sérieux propre aux hiboux même lorsqu'ils vont bien — apparaît déjà dans une vidéo en train de manger une souris, signe le plus éloquent que le processus de réhabilitation suit son bon chemin. Sur la photo la plus récente, l'oiseau repose, tout ébouriffé, sur un amas de branches vertes à l'intérieur de sa cage — comme quelqu'un qui sait que l'heure de partir n'est pas encore venue, mais que ce moment finira par arriver.
Marcela V. nous a envoyé le rapport depuis le CAV le 19 mars. Le currucutú continue d'avancer.
Il y a des décisions qui se prennent en marchant. Le 19 mars, Nicolás a parcouru à pied une bande de terrain de la Fundación Loros pour répondre à une question précise : où vont pousser les deux nouvelles volières du projet Ara. Les premières, l'Aviario #1 et l'Aviario #2, sont déjà construites et en fonctionnement dans le même secteur, séparées à peine de quelques mètres. Nicolás s'est déplacé entre elles, a mesuré du regard, a senti le sol sous ses pas, et a commencé à marquer les candidats pour la troisième et la quatrième.
Les quatre points ont été consignés dans une zone compacte, ce qui laisse penser que le complexe de volières du projet Ara prendra forme comme un ensemble concentré dans ce secteur de la réserve. Les emplacements pressentis pour l'Aviario #3 et l'Aviario #4 se trouvent à quelques pas des structures existantes, ce qui pourrait faciliter la gestion et la circulation entre elles au fur et à mesure que le programme avancera.
Pour l'heure, ce ne sont que des coordonnées et un terrain encore à définir. Mais dans ces points tracés sur la carte se dessine déjà la forme que prendra, peu à peu, le refuge que le projet Ara construit pour les guacamayas de la côte caraïbe.
Le pomarosa qui nourrit ceux qui apprennent encore à voler
Dans la réserve, il y a un arbre qui travaille sans relâche. Nilson l'a découvert chargé à ras bord : des fruits rouges et luisants de pomarosa — ou perita, comme on l'appelle par ici — serrés au creux d'un feuillage si dense qu'il laisse à peine deviner le ciel. Le tronc, robuste et recouvert d'une écorce grisâtre, soutient une couronne si généreuse qu'elle semble ignorer le manque.
L'arbre ne passe pas inaperçu. Les écureuils le fréquentent assidûment, et les perroquets sauvages se donnent aussi rendez-vous dans ses branches. Mais il y a autre chose : les fruits qui tombent ou qui sont récoltés de cet arbre finissent dans les mangeoires de la Fundación, comme nourriture pour les perroquets encore en réhabilitation — ceux qui ne savent pas très bien quoi faire de la liberté qui s'apprête à les envahir.
C'est Nilson qui a fait la présentation officielle, un fruit rouge à la main, comme quelqu'un qui montre quelque chose dont il vaut la peine d'être fier. Et il avait raison.
Huit plantes et une papaye cueillie à la main
Corina connaît le secteur Casa Guardianes comme si c'était sa propre cour. Cet après-midi, elle est arrivée accompagnée de quatre visiteurs et les a guidés de plante en plante : d'abord le citronnier, puis l'ananas avec ses feuilles acérées pointant vers le ciel, ensuite la hierba limón qui libère son parfum dès qu'on l'effleure. Plus loin, le marañón avec ses fruits jaunes et rouges suspendus au soleil, la poma rosa, le caimito, la guama et le cilantro de monte, cette petite plante discrète qui sent exactement ce que son nom promet.
Les touristes ne se sont pas contentés de regarder. Ils ont senti, touché, goûté. Et quand ils sont arrivés devant la papaye, ils n'ont pas voulu la recevoir déjà coupée : ils l'ont cueillie eux-mêmes de l'arbre, avec leurs mains. Ce moment — le poids du fruit mûr, le latex blanc sur les doigts, le soleil de trois heures de l'après-midi filtrant entre les arbres — est difficile à saisir de l'extérieur. Corina dit, sans détour, qu'ils ont aimé. Et dans ce « ils ont aimé », tout est dit.
Échos du terrain
Événement: 22 novembre 2025
Quinze enfants sous la tonnelle de palmier
Le 22 novembre 2025, quinze enfants de la région se sont installés sur des chaises en bois sous une tonnelle de palmier, enveloppés par la végétation tropicale qui caractérise les abords du sanctuaire. Devant eux, une affiche noire expliquait pas à pas la procédure pour réintégrer un oiseau sauvage à la nature. Ce détail dit tout : ce n'était pas une conférence de grands discours, mais un ensemble d'instructions concrètes pour le jour où l'un de ces enfants verrait arriver chez lui un perroquet ou un oiseau blessé, sans savoir quoi faire.
L'activité est née d'un partenariat entre les biologistes de la Fundación Loros et des responsables de l'Hotel Decameron, et a été rapportée par Jender Torres, présent dès le début. Parmi les participants s'était glissé aussi un chien de la ferme, témoin silencieux de cet après-midi. Les enfants ont écouté, posé des questions, et sont repartis avec quelque chose qu'aucune brochure ne peut contenir : la certitude de savoir comment agir. C'est le type d'engagement que la Fundación porte aux communautés voisines, un engagement qui se construit assis, sous le palmier, avec du temps et sans précipitation.
Échos du terrain
⭐ Jalon historique
Événement: 10 juin 2025
Soixante-neuf vies sont arrivées à la Fundación Loros
Le 11 juin 2025, CORANTIOQUIA a remis à la Fundación Loros 69 animaux : 38 aras bleus et jaunes (*Ara ararauna*), 5 aras de Guadeloupe (*Ara severa*), 11 amazones à joues jaunes (*Amazona autumnalis*), 7 piones à tête bleue (*Pionus menstruus*) et 8 tamarins à tête blanche (*Saguinus oedipus*).
Ces chiffres sont ceux qui ont été consignés dans le procès-verbal d'envoi. Mais l'équipe sait bien que le chemin est long avant d'arriver, et que tous ne résistent pas au voyage. Ce qui est certain, en revanche, c'est que depuis ce jour-là, depuis ce matin du 11 juin 2025, il y a eu plus d'ailes et plus de vie à la Fundación Loros.
Le 17 mars, José Marín est parti marcher à travers la réserve, et le sous-bois lui a livré ses secrets l'un après l'autre. Le premier cadeau se trouvait suspendu à une plante grimpante : un fruit de balsamina (Momordica charantia) qui avait éclaté de lui-même, ouvrant son écorce pour révéler l'arille d'un rouge éclatant qui enveloppe les graines, ardent comme des braises parmi les branches sèches. Plus loin, un écureuil s'est laissé saisir en vidéo tandis qu'il bondissait d'arbre en arbre, vif et nullement troublé par la présence de l'observateur.
Tout près de là, presque dans le même secteur, une guacharaca s'est annoncée avant d'apparaître — comme le font volontiers ces oiseaux bruyants des tropiques — et elle aussi a été immortalisée en vidéo. La dernière découverte de la journée fut une termitière de belle taille, bâtie avec une patience de terre et de salive au cœur du maquis, entourée d'arbustes et de branches entrelacées. Quatre observations distinctes, quatre points GPS, un seul marcheur.
José a conclu son rapport en laissant la porte ouverte : si quelque chose d'autre se présente sur le chemin, il le fera parvenir.
Le mardi 17 mars, alors qu'il parcourait une zone de végétation forestière dense à l'intérieur de la réserve, José Marín s'arrêta devant quelque chose qu'il était difficile d'ignorer : un nid de guêpes accroché à une branche, construit en boue, de forme ovale, avec cette teinte beige-jaunâtre qui le faisait ressembler à un fruit étrange perdu dans le vert sombre du feuillage.
Le nid, d'une belle taille, portait les marques du travail silencieux de ses bâtisseuses : des couches de boue façonnées avec précision, collées à la branche comme si elles y avaient toujours appartenu. José prit les photos et signala la découverte. Dans la réserve, ce type de structure est le signe que la forêt fonctionne : les guêpes pollinisent, régulent les populations d'insectes et occupent leur place dans la chaîne sans demander la permission à personne.
Les coordonnées sont consignées. Le nid est toujours là, entre les branches, à faire ce qu'il a à faire.
La chaleur de midi pesait lourd quand Omar Enrique Berdugo Cabeza s'enfonça dans la réserve, des fruits à la main, pour retrouver le groupe de titís. Arrivé au point de nourrissage, pas la moindre trace d'eux — alors il eut recours au son du tanque, cet appel familier que les singes reconnaissent désormais, et peu à peu trois d'entre eux apparurent, descendirent manger, puis repartirent par où ils étaient venus.
Omar suivit leur piste jusqu'aux coordonnées du refuge, et ils étaient là, les six : blottis dans la végétation la plus dense, cherchant la fraîcheur que la forêt leur offre quand le soleil tape fort. Pendant que le groupe se reposait à l'ombre, deux poyonetas rôdaient aux alentours, ces rapaces silencieux qui rappellent de temps en temps aux titís que la forêt a ses propres règles.
Neuf vidéos pour clore le registre — quelques-unes s'étaient retrouvées mêlées au fil du B20, deux histoires distinctes qui un instant avaient partagé le même fil avant qu'Omar ne les sépare. Les six individus, au complet, au frais, dans leur refuge.
Le B20 retourne en cage pour un temps
Omar Enrique Berdugo Cabeza est arrivé ce soir-là à la Fundación Loros comme il arrive toujours : les yeux posés sur tout avant même de commencer sa ronde d'alimentation. C'est ainsi qu'il l'a vu. Le pionus B20 — un loro cabeciazul ombrageux, de ceux qui ne se laissent jamais approcher — était immobile sur une branche de matarratón, le plumage ébouriffé et une passivité qui n'était pas la sienne. Omar s'est approché, et l'oiseau n'a pas fui. Cela disait tout.
Il l'a attrapé avec une serviette, l'a emmené en salle et a découvert les traces de ce qui s'était passé : sur l'aile droite, les marques d'un prédateur qui avait tenté de le saisir sans y parvenir ; sur la gauche, deux rémiges absentes. Avec ces ailes-là, le B20 ne pouvait se maintenir en l'air que sur deux mètres à peine. Il l'a pesé — 378 grammes —, a documenté les blessures par photos et vidéos, puis l'a réintégré dans une cage garnie de fruits frais, d'eau et de branches. Ensuite, il a prévenu le chef Alejandro et son collègue Carlos pour mettre tout en ordre.
Le B20 avait déjà connu la liberté. Il la connaîtra de nouveau quand les plumes auront repoussé et que les ailes lui appartiendront à nouveau. Pour l'heure, la cage est refuge, non condamnation.
Omar Enrique Berdugo Cabeza s'est approché du site d'alimentation avec quelques petits fruits dans la main et, ne voyant personne, a eu recours au vieux truc : le son du tanque, ce tambour que les singes tití reconnaissent désormais de loin. Il a fallu patienter. Le sanctuaire s'est figé un instant, avec la chaleur de l'après-midi collée aux feuilles, jusqu'à ce que, depuis les profondeurs de la végétation, les six individus du groupe commencent à apparaître un à un. Ils ont mangé, puis sont repartis vers leur zone, comme si le rendez-vous avait été honoré.
Au cours de cette même ronde, deux poyonetas rôdaient à proximité, affairées à leurs propres affaires dans le sous-bois. Omar a poursuivi sa tournée et les a retrouvés tous réfugiés dans la végétation fraîche, cherchant l'ombre contre la chaleur du soir qui s'annonçait. Ils étaient là, les six, immobiles, se reposant dans ce coin de la réserve qu'ils reconnaissent désormais comme le leur.
Deux nouvelles vies à Valle Verde
Ce soir, dans le secteur de Valle Verde, Angélica Cecilia Mármol Venegas a découvert ce qui arrive parfois sans prévenir : deux chevreaux nouveau-nés allongés sur la terre humide de l'enclos, une femelle et un mâle, le pelage brun encore taché de blanc, comme si quelqu'un leur avait éclaboussé du lait dessus. Ils se reposaient en silence, avec cette sérénité propre à ceux qui viennent tout juste d'arriver au monde et ne savent pas encore vraiment où ils ont atterri.
Plus haut, dans les prairies ouvertes qui s'étendent vers les collines, le reste du troupeau poursuivait son après-midi ordinaire : des vaches de toutes les couleurs broutant sous la lumière chaude de la fin du jour, et un groupe nombreux s'abreuvant au point d'eau naturel, cerné de végétation tropicale et d'un ciel bleu. Une scène sans hâte, comme il se doit en ce lieu.
À la Fundación Loros, la naissance de ces deux chevreaux à Valle Verde est l'un de ces moments que l'équipe de terrain consigne avec soin — herbe de qualité, eau propre, enclos sécurisé — pour que ce qui vient au monde ici ait, dès le premier jour, tout ce dont il a besoin.
Sans nouvelles du terrain, sans chronique
Omar a envoyé quatorze vidéos au fil de la journée, l'une après l'autre, sans un seul mot pour les accompagner. Du côté du chroniqueur, les messages s'accumulaient eux aussi : des questions sur l'espèce, le lieu, qui était là, ce qu'il s'était passé. Aucune n'obtint de réponse.
Les vidéos sont arrivées, mais sans voix, il n'y a pas d'histoire. Une chronique a besoin de ce que la caméra ne capture pas toujours : le nom du lieu, l'odeur de la terre mouillée, le détail de qui était là et pourquoi ce qu'ils ont vu compte. Sans cela, ces images demeurent muettes dans le carnet de bord.
Cette entrée reste en suspens. Dès qu'Omar ou quelqu'un de l'équipe racontera ce qu'ils ont filmé ce 16 mars, l'histoire trouvera enfin ses mots.
L'écureuil, la rosée et le perroquet qui apprend à se taire
Ce matin-là, Omar Enrique Berdugo Cabeza parcourait le sanctuaire en compagnie d'un groupe de visiteurs dont les noms se sont perdus dans l'oubli, mais qui sont repartis avec quelque chose de plus durable : l'image des perroquets verts survolant les secteurs B12, B11 et B07, venant se poser tout près, sans crainte, comme s'ils avaient attendu toute leur vie un peu de compagnie. C'est entre ce vol et cet émerveillement qu'elle apparut, discrète, une ardilla silvestre buvant la rosée que l'aube avait laissée endormie sur les feuilles de bananier — un de ces instants que le sanctuaire offre sans prévenir.
Plus loin, dans les aviarios 1 et 4, les guacamayas étaient déjà à leur affaire : pimentón, cacahuate, papaye, banane et tournesol, le petit-déjeuner habituel, savouré avec cette solennité colorée qui n'appartient qu'à elles. Mais c'est dans l'aviario 3 que la matinée réserva son moment le plus silencieux. Le loro real émettait des sons imitatifs — cette habitude si humaine qui, dans sa bouche, résonne comme un piège — et l'équipe, fidèle au protocole, répondit par le silence. Car ici, l'objectif n'est pas que le perroquet apprenne à parler comme nous, mais qu'il oublie comment le faire, afin que le jour où il franchira la clôture vers la forêt, il s'envole libre de tout ce que nous lui avons appris.