Dès cinq heures du matin, avant même que la lumière n'effleure les cimes, commence le rituel immuable du trait. La fondation entretient un troupeau de vingt-deux vaches laitières, pilier discret mais essentiel de l'équilibre financier qui permet à ce lieu de poursuivre sa mission. Chaque bête est traite à la main, dans le silence encore lourd de la nuit qui se retire, livrant en moyenne quatre litres — une offrande quotidienne, humble et régulière. Une fois la traite achevée, le troupeau est conduit vers les pâturages, où il se fond lentement dans le vert profond du potrero.
Le lait ainsi récolté emprunte deux chemins distincts vers le monde extérieur : un acheteur régulier, fidèle intermédiaire entre la ferme et le marché, et, de temps à autre, les habitants du village voisin qui s'aventurent jusqu'ici pour s'approvisionner directement, à quelques litres près. Cette vente au détail ne suit aucun calendrier préétabli — elle arrive comme arrivent certaines pluies, sans qu'on l'attende vraiment, mais toujours la bienvenue.