La guacamaya qui n'avait plus sa place dans la volière
Tous les oiseaux ne trouvent pas le chemin de la liberté de la même façon. Cet *Ara severus* — guacamaya verde au caractère difficile — a quitté la volière 1 de la Fundación Loros non pas comme une victoire sereine de la réhabilitation, mais comme une décision d'urgence : l'oiseau avait développé une agressivité persistante que l'équipe ne pouvait plus ignorer, et il existait de sérieuses raisons de croire qu'il avait tué l'un de ses compagnons de captivité.
C'est Omar et Alberto qui ont procédé au relâcher, un dimanche de mars, dans un cadre rural cerné d'arbres et de terre de cour paysanne. Sur la photo venue du terrain, la guacamaya apparaît perchée sur une structure métallique, verte et immobile pour un instant, tandis qu'en arrière-plan des poules vaquent à leurs affaires comme si de rien n'était. Pas de cérémonie. Seulement ce moment où l'oiseau a déployé ses ailes et démontré, par un vol assuré, que son corps du moins était prêt pour ce qui l'attendait.
Parfois la réhabilitation se termine ainsi : sans applaudissements, avec une perte au-dedans et un départ au-dehors. La guacamaya est partie parce qu'il le fallait. Et parce qu'elle volait bien, désormais.
Une cacahuète avant de s'envoler
Quelques semaines plus tôt, quelqu'un du village avait capturé cet amazone et l'avait amené à la Fundación. C'était un beau spécimen, au plumage d'un vert profond, avec la couronne jaune bien dessinée et des taches rouges sur les ailes — le genre d'oiseau qu'on regarde et dont on devine aussitôt qu'il a déjà vécu beaucoup. Il avait perdu sa bague d'identification, mais l'équipe n'eut pas besoin d'autres indices : ce loro était libre depuis longtemps, et cela se voyait.
Le dimanche 29 mars, Omar le sortit de l'Aviario 1A et le posa sur le mangeoire en plein air. L'oiseau ne broncha pas. Il resta là, tranquille, grignotant une cacahuète avec toute la sérénité du monde, comme s'il savait parfaitement ce qui l'attendait. Quand il eut terminé, il ouvrit les ailes et s'envola seul, sans que personne n'ait eu à le pousser.
C'est ainsi que s'acheva le passage de cet amazone — vraisemblablement *Amazona ochrocephala* — par la Fundación Loros : sans éclat, sans cérémonie. Juste un oiseau qui savait déjà ce qu'était la liberté, et qui avait pris le temps de manger quelque chose avant d'y retourner.
Un amazónico que no pudo ser identificado
Alberto trouva le perroquet au sol de l'Aviario 1. C'était un amazónico au plumage d'un vert éclatant, avec des marques jaunes sur la tête et un éclair rouge sur les ailes — un oiseau que n'importe qui aurait reconnu en plein vol, mais qui ce matin-là gisait le bec ouvert et les pattes raides, sans bague ni médaille pour dire son nom. Les photos et la vidéo prises par l'équipe témoignent des signes de traumatisme : des plumes ébouriffées, une posture anormale, de la terre et de l'herbe alentour comme des témoins muets de ce qui avait dû être une bagarre brève et définitive.
Il semblerait que l'Ara severus qui partage l'enclos ait été l'autre protagoniste de l'histoire. Les guacamayos de pecho castaño sont des oiseaux impétueux et territoriaux ; cohabiter avec eux n'est jamais sans risque, surtout lorsque l'espace se dispute avec cette intensité que connaissent seuls les oiseaux qui furent un jour sauvages. On ne sait pas vraiment comment le conflit a commencé, ni combien de temps il a duré.
Ce qui reste, c'est le relevé minutieux d'Alberto et de son équipe, et cette question qui fait toujours un peu plus mal quand il n'y a pas de bague : depuis combien de temps ce perroquet était-il avec nous, et comment s'appelait-il ?
Nées seules dans la forêt
Jorge Alcalá marchait à travers le sanctuaire quand quelque chose l'arrêta : dans les ombres du sous-bois caducifolié, sur un tapis de feuilles mortes et de troncs dénudés, une jeune plante arbustive aux larges feuilles d'un vert intense avait surgi sans que personne ne l'ait semée. Un peu plus loin, dressée au milieu de la végétation dense, une papaye sauvage — Carica papaya — déployait sa couronne de feuilles lobées vers le ciel bleu de mars, haute et élancée, comme si elle avait toujours su exactement vers où croître.
Personne ne les a plantées. Personne n'a préparé la terre pour les accueillir. Le sol du sanctuaire l'a fait seul, comme il apprend à le faire depuis des années. Ces deux plantes, dont Jorge a relevé les coordonnées GPS, sont le signe que la forêt possède sa propre mémoire : elle sait comment revenir.
Dans un recoin de la forêt de la Fundación Loros, entre des troncs abattus et des feuilles mortes qui tapissent le sol, Michel Salas s'est arrêté devant une plante qui ne dépassait pas les genoux. C'était une jeune Vara Santa — Triplaris sp. —, aux feuilles vertes et luisantes comme fraîchement cirées, aux nervures marquées comme des fleuves sur une carte, et une tige de ce rouge-violet que portent les plantes quand elles apprennent encore à grandir. À première vue, une plante parmi d'autres dans le sous-bois. Mais Michel a regardé de plus près.
Sur la tige et entre les feuilles, des fourmis s'agitaient avec cette urgence qui leur est propre, sans pause, sans destination apparente. Ce n'était pas le fruit du hasard : la Vara Santa et les fourmis entretiennent depuis des siècles un accord silencieux. La plante leur offre refuge à l'intérieur de ses tiges creuses ; les fourmis, en échange, la défendent. Et cette défense a une valeur bien concrète dans cette forêt : les fleurs de la Vara Santa sont si voyantes que sans leurs gardiens, quelque main les aurait coupées depuis longtemps.
Michel a documenté la découverte en photos et en vidéo avant de reprendre sa route. Une jeune plante, quelques fourmis laborieuses et un petit pacte qui tient depuis un bon moment déjà, là, aux coordonnées 10.4411, -75.2575.
Deux solanacées et un insecte sans nom
Sur la Loma del Halcón, Michel Salas a trouvé ce que la forêt sèche garde sans jamais s'annoncer : deux espèces du même genre poussant parmi la litière de feuilles mortes et le sol à nu, chacune avec son propre langage de couleurs. Celle à fleur blanche s'est révélée être Solanum torvum ; celle à fleur violette, Solanum subinerme. Toutes deux sur terrain aride, toutes deux avec les feuilles trouées par des insectes qui ont mangé et poursuivi leur chemin sans laisser de nom.
Les six photographies que Michel a rapportées racontent bien plus que les mots n'ont pu dire ce jour-là. Sur l'une d'elles, posé sur les petits fruits verts du Solanum torvum, repose un insecte aux teintes rougeâtres et orangées qui n'a encore aucune identification dans nos registres. Il est là, immobile, comme s'il attendait que quelqu'un lui donne enfin le nom qui lui revient.
Cette donnée reste en suspens. Pour l'heure, la Loma del Halcón ajoute deux solanacées documentées à son inventaire, et un mystère à six pattes que l'équipe devra élucider lors de la prochaine sortie.
Michel Salas parcourait une zone de broussailles au sol desséché quand il tomba sur elle : une pringamosa (*Urtica urens*) bien installée, avec ses grandes feuilles aux bords dentés et ses tiges couvertes de trichomes blancs qui scintillaient sous le soleil de fin d'après-midi. La plante poussait entre des branches tombées et une végétation disparate — discrète au premier regard, mais portant sur sa peau toute la mise en garde nécessaire.
Michel documenta la plante en quatre photographies qui en capturèrent les détails un à un : les petites fleurs blanches s'ouvrant en haut de la tige, les fruits verts à peine formés, et cette texture veloutée qui fait de la pringamosa une experte dans l'art de se défendre seule. Le point fut consigné avec des coordonnées précises, dans une zone semi-dégagée de la réserve où la végétation pousse en mêlée, sans ordre apparent.
L'*Urtica urens* est urticante par conception : ses trichomes agissent comme de microscopiques seringues qui injectent un cocktail irritant au moindre contact. Ce n'est pas une plante qu'on oublie après l'avoir croisée une fois. Michel la reconnut, la respecta et l'inventoria. C'est tout ce qu'il fallait faire.
Jorge Alcalá et Michel Salas longeaient le flanc de la réserve lorsqu'ils la découvrirent : une Rauvolfia littoralis, l'arbuste aux feuilles luisantes que les paysans de cette côte caraïbe appellent venenito, ou simplement solita. C'était un nouveau signalement en ce point précis, l'une de ces trouvailles qui ne s'annoncent pas à grand fracas mais surgissent au détour d'un méandre, entre l'ombre et la chaleur de l'après-midi.
Ce qui rend cette plante singulière, ce n'est pas seulement sa présence dans la réserve, c'est aussi la mémoire qu'elle porte. Dans le savoir traditionnel de la région, la solita a longtemps été utilisée comme contrepoison contre les morsures de serpents — une connaissance qui se transmet de bouche en bouche et de génération en génération, en marge de tout manuel de botanique. La trouver ici, à ces coordonnées, c'est également trouver un fragment de ce savoir vivant.
La découverte a été consignée le 29 mars 2026. Sans photographie pour l'instant, mais avec la précision de ceux qui savent lire la forêt.
Deux plantes sans nom complet sur la Loma del Alcón
Michel Salas a parcouru hier la Loma del Alcón les yeux grand ouverts. Dans la végétation dense du sous-bois, là où la lumière se faufile par intermittence et où le sol embaume la terre humide et les feuilles mortes, il a découvert une plante du genre Solanum arborant simultanément : de petites baies vertes regroupées en grappes et des fleurs blanches à cœur jaune, comme si elle ne pouvait se résoudre à choisir entre fructifier et fleurir. De grandes feuilles légèrement veloutées, traversées de fils de toile d'araignée, achevaient le tableau.
Plus loin, un arbuste de taille moyenne a attiré son attention avec de plus grandes fleurs blanches pointant entre les branches. Ce n'est pas un Datura, a précisé Michel avec assurance, même si la ressemblance vue de loin peut prêter à confusion. Pour l'heure, elle reste consignée comme espèce à identifier, l'une de ces questions ouvertes que la forêt de la Fundación Loros garde en elle avec sérénité, attendant patiemment que quelqu'un lui donne un nom.
En cheminant parmi le feuillage mort et les pierres éparses de la forêt, Jorge Alcalá et Michel Salas sont tombés sur lui par surprise : un jeune individu de Cojón de Fraile (*Tabernaemontana cymosa*) poussant seul, sans que personne ne l'ait planté ni soigné. Ses grandes feuilles ovales, d'un vert profond aux nervures bien dessinées, se frayaient un chemin à travers la végétation basse, tandis qu'en arrière-plan se dressait le tronc épais d'un arbre plus ancien — comme si la forêt l'accueillait en silence.
Cette croissance spontanée est de bon augure. Elle signifie que le sol, l'ombre et l'humidité de l'endroit sont propices à l'établissement de nouveaux individus de cette espèce native. La découverte a été consignée le 29 mars, avec photographie et coordonnées précises — un détail modeste qui vient s'ajouter à la carte vivante que la Fundación Loros tisse, parcours après parcours, à travers ces 520 hectares.
Dans un recoin herbeux de la réserve, entre les ombres des arbres et l'herbe à demi sèche, Michel Salas et Jorge Alcalá se sont arrêtés devant une plante encore jeune : une tige unique, des feuilles larges et vertes, et une poignée de baies noires mûres suspendues entre les branches comme des perles d'un collier. C'était une Rauvolfia tetraphylla, espèce appartenant à la famille des Apocynaceae, qui dans cette région porte une réputation qui voyage de bouche en bouche parmi les gens de la campagne : on dit qu'elle sert à traiter les morsures de serpent.
La découverte a été consignée le 29 mars aux coordonnées 10.44006, -75.25697, sur un terrain semi-ouvert où la végétation se mêle sans ordre apparent. La plante poussait discrète, sans se faire annoncer, comme poussent celles qui ont une histoire. La Rauvolfia tetraphylla est une espèce native des tropiques américains, et bien que son usage médicinal traditionnel soit répandu dans plusieurs communautés, sa toxicité impose le respect : ce n'est pas une plante qu'on touche sans savoir ce qu'on fait.
Jorge Alcalá et Michel Salas marchaient au cœur de la végétation dense de la réserve lorsqu'ils tombèrent sur un jeune arbre au tronc fin et aux branches déployées de chaque côté, comme s'il cherchait à enlacer la forêt qui l'entoure. C'était une Trema micranthum — bien que personne, ici, ne l'appelle ainsi. On lui dit 'pajarito' ou 'periquito', des noms que les gens de la région lui ont donnés au fil du temps, sans doute parce qu'ils savent très bien ce qui se passe quand les fruits arrivent à maturité.
Ce jour-là, les petits fruits restaient verts, serrés le long des tiges entre des feuilles aux bords dentelés et des éclats de lumière qui se faufilaient à travers le couvert forestier. Ce n'était pas encore le moment. Mais le nom dit déjà tout : cet arbre a un rendez-vous avec les oiseaux de la Fundación Loros, et quand la saison viendra, la Trema sera au rendez-vous.
Sous un ciel dégagé et parmi des branches à peine feuillées, Jorge Alcalá et Michel Salas ont découvert aujourd'hui un Ceiba pentandra en pleine saison sèche. L'arbre, imposant dans ses formes malgré l'absence de feuilles, était en train de libérer ses fruits : il en jaillissait le kapo, cette fibre blanche et cotonneuse qui enveloppe les graines et les confie au vent pour qu'elles voyagent au loin. Sur le terrain, la première impression fut celle d'une toile d'araignée — mais non : c'était la ceiba faisant son œuvre, dispersant sa descendance avec la légèreté de qui n'a nul besoin de se presser.
Pendant que Jorge et Michel observaient les graines en vol, deux perruches orange-chin — Brotogeris jugularis — s'étaient installées parmi les branches et picoraient les fruits verts avec la tranquillité de qui connaît bien son garde-manger. Ces petits perroquets à gorge orangée sont des visiteurs familiers des arbres en fructification, et la ceiba bonga leur avait ce jour-là dressé la table.
L'inventaire s'est trouvé complet : arbre, fruit, fibre, graine et faune associée, le tout en un seul point de la réserve. Le terrain offre parfois ses découvertes ainsi, toutes ensemble, sans s'annoncer.
La uvita mocosa en deux temps
Sur la Loma del Alcón, Michel Salas et Jorge Alcalá ont trouvé la Cordia dentata en train de faire ce que peu d'arbres se permettent simultanément : fleurir et fructifier. La uvita mocosa, comme on l'appelle par ces chemins, montrait sur ses branches deux moments de sa vie à la fois — des fruits verts et serrés en grappes, brillants sous le soleil de mars, et d'autres déjà plus développés, de ce blanc-crème qui annonce la maturité, pendant avec une certaine légèreté dans le feuillage.
Le ciel bleu et dégagé du dimanche faisait un beau contraste avec les verts du secteur, et l'arbre semblait indifférent à tout observateur, tranquille dans sa phénologie. Il n'y avait pas de faune ce jour-là — aucun oiseau, aucun insecte répertorié —, seulement la plante absorbée dans ses affaires, et deux chercheurs attentifs à la documenter. Les photos ont capturé les deux états avec clarté : la promesse verte des grappes immatures et le fruit blanchâtre qui a déjà fait un bout de chemin.
Il reste dans le carnet de terrain : la Loma del Alcón abrite sa Cordia dentata bien active, et Michel et Jorge étaient là pour le raconter.
Dans un recoin de terre sableuse et de broussailles basses, Jorge Alcalá et Michel Salas se sont arrêtés devant un guácimo qui poussait seul, ses branches étendues comme celles de quelqu'un qui offre de l'ombre depuis des années, sans que personne le lui ait jamais demandé. L'arbre — Guazuma ulmifolia, pour qui aime les noms scientifiques — semblait robuste au milieu de la sécheresse, son feuillage vert tranchant sur un ciel sans le moindre nuage porteur de pluie.
Ce n'est pas une découverte spectaculaire au premier regard, mais ceux qui connaissent la forêt savent que le guácimo est de ces arbres travailleurs qui ne font pas de bruit : ses fruits nourrissent l'avifaune pendant les saisons les plus difficiles, et ses racines retiennent les sols meubles que le vent et l'eau emporteraient autrement, peu à peu. Dans un terrain aussi sec et sablonneux que celui-ci, sa seule présence raconte une histoire de résistance silencieuse.
Le relevé a été documenté avec des photographies et des coordonnées. Un arbre de plus sur la carte de la Fundación, et aussi une petite preuve qu'il existe une vie accrochée à ce sol.
À Loma del Alcón, Michel Salas s'est arrêté sous un vieux guásimo et a levé les yeux : le ciel bleu se glissait entre les branches avec une facilité inhabituelle, car le feuillage se fait rare. De là-dessous, tout était visible : le tronc épais et rugueux, creusé de cavités ouvertes par des pics ou par des insectes xylophages, et nouée dans les hautes branches, la silhouette inconfondable d'une Loranthaceae — cette plante parasite qui enfonce ses racines dans le bois des autres et s'y installe pour de bon.
L'arbre, pourtant, n'a pas dit son dernier mot. Quelques branches conservent encore leurs feuilles vertes, signe que quelque chose continue de circuler à l'intérieur. Mais le tableau est celui d'un organisme sous pression : le parasite qui profite de la cime, les cavités qui affaiblissent le tronc, le feuillage qui recule peu à peu. Michel a pris deux photos, relevé les coordonnées et consigné la découverte. À Loma del Alcón, ce guásimo est désormais répertorié — imposant encore, résistant, mais visiblement sous tension — pour que le sanctuaire sache où il se trouve et puisse continuer à prendre son pouls.
Le dimanche 29 mars, Michel Salas s'enfonça dans l'une des zones à sol sableux du sanctuaire avec une mission bien définie : documenter la flore qui pousse en silence entre la terre sèche et le ciel bleu de la région. Au cours de cette traversée d'inventaire, il arrêta ses pas devant un matarratón — Gliricidia sepium — de belle stature, au feuillage vert brillant embrasé par le soleil de milieu d'après-midi, et une gousse sèche pendant d'une branche mince comme le dernier souvenir d'une floraison révolue.
En cinq photographies, Michel saisit l'arbre sous différents angles : les feuilles composées pennées se découpant sur le bleu dégagé du ciel, le paysage de savane qui l'entoure, les branches qui s'ouvrent vers le haut avec cette générosité silencieuse qui caractérise cette espèce. L'individu recensé se trouvait en bon état végétatif, ancré dans son lieu de toujours, indifférent à la chaleur.
Le matarratón est de ces arbres que les paysans de la côte connaissent bien : il sert pour les haies vives, pour l'ombre, pour enrichir le sol. Le retrouver établi dans la zone d'influence de la Fundación Loros, aux coordonnées 10.4399, -75.2572, est une donnée qui s'inscrit désormais dans la carte vivante du sanctuaire.
Au détour d'un chemin de terre, Michel s'arrêta un instant et désigna du doigt : un guásimo de taille moyenne, ses branches ouvertes répandant leur ombre sur un petit banc que quelqu'un avait placé là, en dessous. L'arbre — Guazuma ulmifolia, connu dans ces terres pour ses petits fruits et son bois résistant — se dressait seul contre un ciel bleu sans un nuage, la végétation basse des tropiques fermant l'arrière-plan comme un rideau de verdure.
Alejandro nota l'emplacement et l'espèce, mais ce que Michel voulait consigner allait au-delà d'un simple arbre : c'était le lieu lui-même. Il dit que beaucoup d'oiseaux viennent s'y poser, que la vue depuis cet endroit est belle, et proposa qu'il devienne un site officiel de refuge ou de repos au sein de la réserve. Ce jour-là, il n'y avait aucun oiseau à signaler — seulement le guásimo immobile, l'ombre fraîche et le chemin qui continuait son cours —, mais le point fut marqué aux coordonnées 10.4400°N, 75.2572°O, attendant patiemment son heure.
Michel Salas marchait entre les collines du sanctuaire lorsqu'il leva les yeux et découvrit cette image : deux nids suspendus d'oropéndola cianopúrpura (*Psarocolius decumanus*) se balançant depuis les branches d'un *Pseudoalbizia neopodoides*, un arbre au tronc multiple qui se découpait avec netteté sur le ciel bleu de l'après-midi. Plus haut, dans les branches supérieures du même arbre, un guacamayo occupait son propre espace. Un seul arbre, deux espèces, deux histoires de nidification superposées.
Les nids d'oropéndola sont inconfondables : longs, tissés de fibres végétales, ils pendent comme des bourses au vent aux extrémités des branches. Michel consigna la découverte avec deux photographies et une vidéo, documentant ce voisinage peu commun entre l'oropéndola et le guacamayo qui partageaient, sans conflit apparent, le même arbre aux coordonnées 10.4398, -75.2573 de la réserve. Cette association interspécifique au sein d'un seul arbre est précisément le type de donnée que le suivi des oiseaux à la Fundación Loros cherche à accumuler : la preuve silencieuse que la forêt est vivante et complexe, et que chaque arbre peut être un monde.
Michel Salas longeait la réserve quand le mauve l'arrêta par deux fois. La première, ce fut une Ipomoea — campanille, gloire du matin, peu importe le nom qu'on lui donne — enroulée avec conviction autour d'une branche, ouvrant sa fleur violette au soleil de midi. Les feuilles portaient les morsures de quelque insecte passé par là avant lui, et un convoi de fourmis noires patrouillait la tige de haut en bas, indifférent à l'objectif.
Quelques pas plus loin, presque dissimulée parmi l'herbe sèche et les feuilles tombées, Michel découvrit une jeune plante qui levait timidement ce qui ressemble à une Clitoria ternatea — fleur papillon — du même ton pourpre, comme si les deux espèces s'étaient entendues sur la couleur sans jamais se connaître. Le sol alentour était cette végétation sauvage et dense qui caractérise les recoins les plus tranquilles des 520 hectares de la Fundación Loros, près de Cartagena. Michel photographia les deux, envoya la localisation, et reprit sa route. Parfois le terrain parle ainsi : sans prévenir, en mauve.
Il y a des choses que la forêt fait sans que personne le lui demande. Jorge Alcalá et Michel Salas marchaient dans le sous-bois du sanctuaire, au nord-est de la réserve, quand ils l'ont vu : un jeune totumo — Crescentia cujete — sorti de terre de sa propre volonté, sans qu'une main humaine l'ait semé ni guidé. Des feuilles lancéolées, d'un vert éclatant, dressé sur un tapis de feuilles mortes au milieu d'une végétation dense. Il est né seul.
Le totumo est un arbre chargé d'histoire dans ces terres caribéennes. De ses fruits ronds, les peuples indigènes ont sculpté totumas et maracas ; aujourd'hui ses graines voyagent avec le vent et avec les animaux qui dispersent ses fruits. Qu'un seul ait choisi ce coin du sanctuaire pour y planter ses racines est, en soi, un signe que cet endroit possède tout ce qu'il lui faut pour vivre.
Jorge et Michel l'ont photographié, ont pris ses coordonnées et l'ont laissé tel quel. Parfois, le travail de terrain est celui-là : découvrir ce qui est déjà en train de se passer, et en témoigner.
Jorge Alcalá longeait le sous-bois de la réserve lorsqu'il découvrit, dans la pénombre verte et humide, un discret bouquet de fleurs blanches à quatre pétales : Ruellia blechum, native de ces collines, que les abeilles connaissent mieux que quiconque. C'était le 29 mars et la chaleur de l'après-midi pesait lourd, mais là, dans ce recoin ombragé de la Fundación Loros, la plante fleurissait sans ostentation, comme si elle avait toujours attendu d'être consignée.
Plus loin, en pleine lumière cette fois, Jorge tomba sur une plante d'un tout autre caractère : épineuse, aux feuilles ovales dotées de ce lustre propre aux plantes habituées au soleil de plomb. Il y eut un moment d'hésitation — Caesalpinia ? un autre genre ? — avant que l'équipe ne se rallie à Pithecellobium. L'espèce exacte reste à déterminer ; pour l'heure, le genre suffit, et la plante demeure inscrite avec son mystère intact aux coordonnées 10.43985, -75.2576917.
Deux espèces, un seul parcours, et le dimanche soir se refermant doucement sur la réserve.
Il existe des plantes qui préfèrent le silence et l'effleurement. Ce dimanche-là, Jorge Alcalá et Michel Salas cheminaient à travers la végétation dense de la réserve lorsqu'ils en rencontrèrent une : la dormidera, cette Mimosa pudica qui porte dans son nom même son habitude la plus célèbre. Elle était là, nichée dans l'entrelacs d'autres plantes sauvages, ses feuilles bipennées déployées comme de petites plumes vertes et ses tiges hérissées d'épines minuscules.
La lumière se faufilait entre les feuillages tandis que Jorge et Michel documentaient la présence des spécimens : les folioles symétriques, le vert intense qui semblait presque luire, l'ordonnancement parfait de cette architecture végétale qui, au premier regard, paraît si fragile. La dormidera est une plante des sols perturbés et des lisières de chemins, et sa présence dans cette zone de la réserve dit quelque chose de la façon dont le vivant sauvage occupe chaque recoin disponible — avec ou sans témoins.
Personne ne les a plantés. Personne ne les a transplantés, ni soignés avec de l'eau ou de l'engrais. Les deux guarumos que George a découverts aux coordonnées du secteur sud sont simplement apparus, comme le font les pionniers : sans prévenir, ouvrant la voie. Ils se dressent au-dessus de la broussaille avec leurs immenses feuilles en forme de parasol, découpés sur un ciel bleu sans le moindre nuage, et de loin, on les repère déjà au-dessus de tout le reste.
Le guarumo — Cecropia peltata — a cette habitude : arriver en premier quand la forêt commence à se souvenir qu'elle a été forêt. C'est l'espèce qui ouvre la porte aux autres, celle qui dit au sol qu'il peut revenir à la vie. Et pour les oiseaux, c'est un refuge et un garde-manger ; plusieurs espèces de l'avifaune locale dépendent de ses fruits et de son ombre. Que deux d'entre eux aient germé seuls en ce lieu est, pour l'équipe de la Fundación, un signe que l'on ne laisse pas passer inaperçu.
Deux arbres. Coordonnées relevées, photo consignée, donnée enregistrée. Insignifiant en apparence, mais dans le langage de la restauration spontanée, c'est le début de quelque chose.
Michel Salas et Jorge Alcalá parcouraient ce soir-là les sous-bois dans le cadre d'une caractérisation botanique lorsqu'ils la découvrirent : une Passiflora grimpant sans hâte sur un arbuste de Caesalpinia, comme si la forêt lui avait taillé une échelle sur mesure. Le ciel était dégagé et la lumière tombait droit sur les feuilles vertes et luisantes, révélant les vrilles fines que la plante grimpante avait enroulées entre les branches de son hôte.
Les fruits étaient petits et encore verts, loin d'être mûrs, mais annonçaient déjà ce qui viendrait. Dans la végétation dense de ce secteur du sanctuaire, là où le monte garde son propre ordre, cette rencontre entre deux espèces indigènes — celle qui soutient et celle qui grimpe — est précisément le type de détail qu'une caractérisation ramène à la lumière : non pas la découverte spectaculaire, mais la vie ordinaire de la forêt, fonctionnant à sa façon.
En ce dimanche 29 mars, au milieu de l'après-midi, Jorge Alcalá et Michel Salas longeaient l'un des secteurs de végétation secondaire de la Fundación Loros lorsque l'éclat intense de quelques fleurs les arrêta net. C'était Senna fruticosa, un arbuste de la famille des légumineuses, qui affichait ce jour-là, simultanément, ses fleurs épanouies et ses gousses vertes bien formées : floraison et fructification à la fois, comme si la plante avait voulu montrer tout ce dont elle est capable.
Elle n'était pas seule. Parmi les fleurs s'affairaient plusieurs bourdons — genre Bombus — accomplissant leur silencieux travail de butinage, allant de fleur en fleur avec cette tranquille détermination qui les distingue. En arrière-plan, les versants couverts d'une végétation dense se découpaient sous un ciel bleu de mars. Jorge et Michel prirent cinq photographies, gardant ainsi la trace de cette petite rencontre entre une plante et son pollinisateur, au cœur d'un paysage qui, patiemment, continue de renaître.
Aux coordonnées que George a relevées ce dimanche de mars, il y a un goyavier dont les fruits ne sont pas encore mûrs. Les grappes vertes pendent dans le feuillage sous un ciel sans un seul nuage, tandis que quelques feuilles jaunes et brunes accrochées aux branches trahissent le poids de la chaleur sèche. Personne ne lui rendait visite à ce moment-là — ni oiseau, ni mammifère — mais l'arbre était là, immobile et chargé de promesses.
Ce relevé ne répondait à aucune urgence, ni à quelque découverte inattendue. George l'a noté comme point de repère : une ressource alimentaire que la faune du sanctuaire pourra retrouver lorsque ces fruits passeront du vert au jaune pâle et que leur parfum sucré commencera à appeler. Le goyavier (Psidium guajava) est de ces arbres qui travaillent en silence, accumulant leur sucre lentement, jusqu'au jour où ils deviennent le centre de tout.
Le point est marqué sur la carte. Quand les fruits auront mûri, nous saurons où chercher.
En la mañana del 29 de marzo, Michel Salas y Jorge Alcalá se internaron dans l'un des pâturages ouverts de la réserve, là où l'herbe sèche crisse sous les pieds et où le soleil cogne sans pitié dès les premières heures. Parmi la végétation basse et clairsemée, ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient — ou peut-être ce qu'ils ne s'attendaient pas à trouver : plusieurs individus de Pata e' Vaca (Bauhinia sp.), une légumineuse native qui pousse dans ce coin de savane depuis des siècles, sans que personne n'ait jamais pris la peine de le consigner.
La plante les accueillit dans ses différents états, comme si elle avait voulu se montrer tout entière : de jeunes arbres élancés se découpant sur le ciel bleu, des rameaux chargés de feuilles vertes et de fleurs ou de fruits jaunes encore frais, des gousses gonflées et vertes voisinant avec des gousses sèches que la chaleur avait tordues en spirale, et des branches armées d'épines fines qui rappellent que cette plante n'est pas que belle. Michel et Jorge ont tout documenté en sept photographies prises sous différents angles, composant ainsi un portrait complet du cycle de l'espèce.
La découverte est désormais inscrite aux coordonnées 10.4399°N, 75.2575°O, dans ce paysage de plein air qui, au premier regard, semble vide, mais qui abrite, entre l'herbe et le vent, bien plus de vie qu'on ne l'imaginerait.
Dans un recoin de Los Montes de María, entre buissons épars et ciel bleu dégagé, Jorge Alcalá et Michel Salas s'arrêtèrent devant quelque chose qu'ils n'espéraient pas trouver : un jeune individu de Capparidastrum frondosum — l'olivo negro — jaillissant seul d'un sol rougeâtre et aride, sans que personne ne l'ait jamais semé. Ses grandes feuilles luisantes tranchaient avec la terre sèche et la végétation rase qui l'entouraient, comme si la plante avait décidé d'elle-même de s'installer là.
Ce qui rend cette découverte remarquable est double. D'un côté, c'est une régénération naturelle au sein d'une forêt sèche tropicale, écosystème où chaque plante qui naît seule compte. De l'autre, l'olivo negro n'est pas une espèce ordinaire pour les habitants de cette région : on le connaît sous le nom de "contra", avec une place bien à lui dans la tradition locale qui dépasse le seul registre botanique. Cette histoire — celle d'un arbre qui pousse sans aide dans un sol difficile et que les voisins reconnaissent à son nom — est précisément le type de signe que Jorge et Michel étaient venus documenter.
Par un après-midi de ciel bleu sans un seul nuage, Michel Salas et Jorge Alcalá s'arrêtèrent devant un arbre qui n'arrivait pas à choisir entre fleurir et fructifier. C'était un guásimo — Guazuma ulmifolia — planté en zone rurale ouverte, la terre sèche à ses pieds et les branches chargées en même temps de petites fleurs jaunes et de fruits rugueux à tous les stades imaginables : les verts et fermes des tout nouveaux nés, les noirs et secs de ceux qui ont déjà accompli leur cycle.
Ils n'étaient pas seuls dans cet arbre. Michel nota que les fleurs attirent les reinitas — cette bande agitée de la famille des Parulidae — tandis que les fruits constituent une halte obligatoire pour les psittaciformes, les perroquets et leurs cousins. Un même arbre, deux tables dressées, deux groupes de convives bien distincts.
Cinq photographies furent prises de l'individu et de son environnement. Le guásimo fut consigné aux coordonnées 10.4399°N, 75.2576°O, venant s'ajouter à l'inventaire vivant de la Fundación comme l'un de ces arbres discrets qui soutiennent bien plus de vie qu'on ne l'imaginerait au premier regard.
Michel Salas et Jorge Alcalá sont partis marcher dans le sanctuaire avec des yeux de botanistes. La journée était consacrée à la caractérisation des plantes, ce travail patient qui consiste à s'arrêter, observer, photographier — donner un nom et une référence à ce que la forêt sait déjà depuis longtemps. Les coordonnées les ont menés vers un secteur où la végétation se mêle en âges et en formes diverses : arbustes juvéniles, arbres déjà bien établis, lianes qui s'entrelacent entre les uns et les autres.
Ce qu'ils ont trouvé là, presque sans le chercher, c'est un chapitre entier de la famille des Leguminosae. Il y avait le Pata e' Vaca (Bauhinia sp.), avec ses feuilles fendues en deux lobes comme des empreintes suspendues dans l'air. Plus loin, un arbre aux fleurs jaunes qui semblait bien être un Cassia, et une liane portant de longues gousses vertes pendues dans le feuillage. Et puis, tordues vers le ciel bleu, les gousses sèches de ce qui pourrait être un Prosopis ou une acacia — dures, en spirale, comme si le fruit avait appris à se dérouler de lui-même en séchant.
Sept photographies sont nées de cette promenade : des arbres jeunes avec l'avenir devant eux, des fruits à différents stades de maturité, et la main de Michel tenant une branche pour donner l'échelle. Un inventaire tranquille, sans fanfare, du genre de vie végétale qui soutient ce bout de forêt près de Cartagena.
Le quebracho que personne n'avait invité à revenir
Michel Salas et Jorge Alcalá longeaient un versant en pente douce, le ciel bleu de mars pressé contre la cime des arbres, quand ils trouvèrent ce que personne n'avait planté : un quebracho — Astronium graveolens — qui avait décidé de revenir par ses propres moyens. Quelqu'un l'avait coupé, autrefois. Peu importe quand. Ce qui restait de cette souche avait conservé assez de vie pour tout recommencer, et le voilà, de taille moyenne, entouré d'arbustes sauvages et de terre sèche, comme si rien ne s'était jamais passé.
Le quebracho est de ces bois que les anciens réservaient à ce qui devait durer — poteaux, clôtures, charpentes que le temps ne pouvait entamer. Mais aujourd'hui, en ce point de la réserve, sa valeur est ailleurs : dans le fait qu'il peut atteindre trente mètres de hauteur, et qu'il trace déjà son chemin sans que personne lui tende la main. La photo prise ce dimanche-là le montre seul contre le bleu, sans compagnie, avec tout l'avenir encore devant lui.
Entre la végétation dense et les bambous qui se profilent au fond, Michel Salas et Jorge Alcalá se sont arrêtés devant un arbuste discret mais saisissant : de petits fruits verts et ronds, serrés en grappes, que la lumière de l'après-midi faisait miroiter dans le feuillage. Le sol sec et terreux sous leurs pas, le ciel bleu sans nuage au-dessus des cimes — tout annonçait une journée de terrain sans répit, de celles où l'œil exercé découvre ce que d'autres laissent filer.
La plante appartient au genre Solanum, famille des Solanaceae — cousine lointaine de la tomate et de la pomme de terre, bien qu'au cœur de cette forêt tropicale près de Cartagena elle porte sa propre histoire. Certaines feuilles montraient des teintes jaunâtres, signe d'un possible stress, tandis que d'autres arboraient un vert intense et vigoureux. Pour l'heure, l'observation reste au niveau du genre ; l'espèce exacte attend encore confirmation.
C'est ainsi que se construit la connaissance d'un lieu : un arbuste à la fois, quelques coordonnées, deux noms propres et la patience de revenir quand les certitudes seront plus grandes.
Entre la litière humide et la pénombre du sous-bois, Michel Salas a découvert un jeune individu de Matayba scrobiculata déployant ses larges feuilles luisantes vers le peu de lumière qui se faufile entre les branches. La plante, connue dans ces terres sous le nom de Culo de Indio, poussait paisiblement dans une zone forestière dense de la réserve, entourée de matière organique et du murmure invisible d'une forêt qui se reconstruit d'elle-même.
Ce qui rend cet arbre natif de la famille des Sapindaceae si remarquable, ce n'est pas son port — encore jeune, à peine en train de s'affirmer — mais ce qu'il promet : ses fruits constituent une ressource précieuse pour l'avifaune locale, un garde-manger qui attire et soutient les oiseaux à différentes époques de l'année. C'est pourquoi l'espèce est également utilisée activement dans les processus de restauration écologique, semant peu à peu les maillons dont une forêt a besoin pour recommencer à vivre.
Cet enregistrement aux coordonnées 10.4399, -75.2573 est un bon signe : le Culo de Indio est là, enraciné, en attente de grandir.
Au cœur de la végétation dense du sanctuaire, Michel Salas s'est arrêté devant un arbuste qui ne saurait passer inaperçu : la Bola de Gato, Thevetia ahouai, dressée entre deux et trois mètres de hauteur, ses longues feuilles luisantes comme des rubans verts au soleil. C'était un jour de floraison active, et la plante ne s'en cachait pas — des boutons à peine éclos, des calices à demi ouverts, et une fleur pleinement épanouie, toute en jaune tubulaire, qui attirait le regard jusque dans la lumière tamisée de la canopée.
Elle appartient à la famille des Apocynaceae, une lignée végétale qui garde ses secrets : aussi séduisante qu'éclatante en apparence, la Thevetia ahouai est également toxique dans presque toutes ses parties — ce qui explique peut-être son surnom populaire de Huevo de Gato, ce nom qui mêle tendresse et mise en garde. Michel a photographié la trouvaille avec soin, capturant les différentes étapes de la floraison, avant de noter les coordonnées et de reprendre sa route.
C'est le genre de rencontre qui rappelle que dans les 520 hectares de la Fundación Loros, il y a bien plus que ce que l'œil embrasse d'un seul regard — parfois, il suffit de s'arrêter là où le jaune brille au milieu du vert.
Le Muñeco qui a déjà une descendance
Dans un recoin de végétation dense de la réserve, sous un soleil qui se faufilait entre les cimes, Michel Salas et Jorge Alcalá se sont arrêtés devant un Muñeco (*Cordia collococca*) d'une huitaine de mètres de hauteur. L'arbre arborait ses baies rouge vif en abondance, et tandis qu'ils le photographiaient sous différents angles, un oiseau noir — attiré par les fruits — se laissa entrevoir parmi les branches. Cinq photographies sont restées comme témoins de cet instant : la cime feuillue, la grappe embrasée de rouge, le visiteur ailé.
Mais l'histoire la plus discrète se trouvait en bas, parmi les feuilles sèches et les vestiges du sous-bois : un individu juvénile de la même espèce, ses grandes feuilles vertes poussant vers le haut depuis la pénombre. Personne ne l'avait planté. Il est arrivé seul, comme arrivent les choses qui trouvent les conditions pour s'installer.
Le Muñeco est une espèce native des Caraïbes colombiennes, et cet inventaire — adulte fertile accompagné d'une régénération naturelle au même endroit — confirme que dans cette partie de la réserve, l'espèce ne fait pas que survivre : elle se reproduit d'elle-même.
Jorge Alcalá et Michel Salas longeaient la réserve quand ils s'arrêtèrent devant un Muñeco —Cordia collococca— ployant sous le poids de ses fruits. L'arbre, paré de ces petites grappes qui mûrissent dans l'épaisseur verte du sous-bois, était là à offrir ce qu'il a toujours offert, en silence, comme il le fait depuis toujours.
La découverte est consignée aux coordonnées qui désignent un recoin précis des 520 hectares de la Fundación Loros. Ce n'est pas un détail anodin : lorsqu'une espèce entre en fructification, la faune le sait avant quiconque. Les loros et les autres oiseaux frugivores de la réserve trouvent dans le Muñeco une ressource qui mérite d'être suivie de près.
Cette observation, simple sur le papier, est une pièce de plus dans la carte vivante que l'équipe de terrain tisse, relevé après relevé.
Dans un recoin de végétation dense du sanctuaire, Michel Salas et Jorge Alcalá sont tombés dimanche sur un Muñeco — Cordia collococca — d'environ huit mètres qui semblait s'être mis en fête. Les branches tordues de l'arbre ployaient sous des grappes de baies rouge vif, quelques-unes encore vertes, dispersées dans le feuillage comme de petites braises allumées sous un ciel bleu sans un seul nuage.
Pendant que Michel documentait les fruits de près, un oiseau noir se glissa entre les branches de la cime, si absorbé par le festin qu'il ignora presque l'appareil photo. C'était la confirmation de quelque chose que les relevés botaniques ne capturent pas toujours : un arbre en pleine fructification est aussi une cantine commune, et le Muñeco avait ce jour-là de la visite.
L'observation a donné lieu à cinq photographies qui montrent aussi bien la cime touffue que le détail serré des grappes. Le Muñeco appartient à la famille des Boraginaceae, et sa présence en zone forestière dense est un bon signe de l'état du bois natif dans cette partie du sanctuaire.
Un tití nouveau-né et un arbre pour les guacamayas
Victoria et Rosa sont arrivées à la réserve avec l'envie de s'y plonger corps et âme, et la journée leur a répondu. Accompagnées d'Alejandro et de Carlos, elles ont parcouru les volières dès les premières heures : préparation de la nourriture pour les perroquets, exercices de vol, et moments d'arrêt pour évaluer l'évolution de la rééducation de certains individus. Le B177 ne décolle toujours pas — il se déplace uniquement le long des parois de la volière 1 — et le B190 vole déjà, mais n'a pas encore maîtrisé l'atterrissage et heurte le filet. Ce sont ces progrès lents, ceux qui se mesurent en semaines, qui comptent le plus. Les perroquets B11 et B12, eux, ont accueilli les visiteuses dans le parc des enfants avec toute la confiance du monde.
Au fil du parcours en Can-Am, Carlos a révélé des yeux de faucon : en plein mouvement, il allait identifiant écureuils, iguanes, tortues et, dissimulé dans la cime d'un arbre, un coendú — le porc-épic arboricole de ces forêts — si parfaitement fondu dans les branches qu'il semblait faire partie du paysage lui-même. Au bord du lac de la ceiba, une femelle tití a surgi entre les arbres avec quelque chose de minuscule accroché à son corps : un petit né la veille. Elle n'est pas descendue aux mangeoires. Elle est restée à dix mètres de hauteur et quinze de distance, nous observant avec prudence, comme il se doit. Happy, la petite chienne métisse de la réserve, a accompagné chaque pas du parcours. À la fin, Victoria et Rosa ont saisi une pelle et planté un arbre dans la zone où les guacamayas apprennent à voler libres.
Carlos et l'épineux habitant des cimes
Dans l'enchevêtrement de branches et de lianes qui compose la canopée de la forêt humide du sanctuaire, Carlos leva les yeux et tomba sur un visiteur inattendu : un porc-épic arboricole installé dans les hauteurs, si immobile et si bien fondu dans la végétation qu'il aurait pu passer pour un simple nœud de l'arbre. Carlos le photographia avec soin, sans le déranger, et l'animal ne cilla pas.
Le porc-épic arboricole — connu aussi sous le nom de coendú — est l'un de ces mammifères nocturnes qui passent leurs journées lovés entre les branches, comptant sur leurs piquants et leur immobilité pour se rendre invisibles. Cette fois, la stratégie a presque fonctionné. Presque.
C'est la première fois que nous enregistrons la présence de cette espèce dans le sanctuaire, ce qui nous rappelle que les 520 hectares de Fundación Loros recèlent encore bien des surprises dans leur feuillage.
Enroulée entre les racines d'un arbre et accrochée à des troncs desséchés, une plante grimpante inconnue a retenu l'attention de José Marín lors de sa ronde dans le secteur El Tamarindo. Suspendus aux tiges, des fruits ovales et allongés, d'un noir tirant sur le pourpre — pareils à de petites courges obscures — se balançaient doucement dans la chaleur de l'après-midi. Deux d'entre eux ont été documentés en photos : l'un reposait à terre entre les racines, l'autre tenait encore à la liane.
José n'en connaissait pas le nom, mais il a pris soin de tout consigner. Les spécialistes l'ont provisoirement identifiée comme une possible *Benincasa hispida*, connue sous d'autres cieux sous le nom de melon d'hiver, bien que sa présence à l'état sauvage dans ce recoin du sanctuaire soulève plus de questions qu'elle n'en résout : est-elle arrivée seule, portée par quelque animal, ou y a-t-il une histoire humaine tapie derrière cette liane qui pousse parmi le bois mort ? Pour l'heure, le secteur El Tamarindo garde son secret entre ses feuilles.
Dix-neuf cloches et un intrus à poitrine orange
Le 23 mars, Omar est sorti vers la zone d'alimentation comme chaque matin : il a rempli les plateaux et a sonné la cloche. Les guacamayas étaient déjà là, frémissantes d'attente, mais c'est le tintement métallique qui les a vraiment rassemblées. En quelques minutes, 17 guacamayas bleu-et-jaune (*Ara ararauna*) et une Cheja (*Ara severus*) s'étaient réunies, formant ce tourbillon de couleurs et de vacarme qu'on leur connaît si bien.
Parmi elles, un de plus. Un individu qui ne s'inscrit pas tout à fait dans le tableau : poitrine d'un orange vif, dos d'un vert mêlé de bleu, une palette qui ne correspond à aucune espèce pure. Peut-être un hybride né du trafic ou de l'élevage illégal — il revient depuis plusieurs jours à ce même endroit, cherchant sa place au sein du groupe. Il ne l'a pas encore trouvée, mais il continue d'apparaître.
Le moniteur Omar longeait le secteur de Miradores, tout près du sentier, quand quelque chose l'a arrêté net dans la végétation. Là, entre des lianes enchevêtrées et des arbustes encore gorgés de pluie fraîche, un mamón de mico est apparu — une espèce qui se laisse rarement observer à l'intérieur du sanctuaire. L'arbre le plus grand déployait sa canopée dense, ses grandes feuilles sombres constellées de gouttes d'eau, et parmi le feuillage pointaient de petits fruits ou des fleurs blanches qui brillaient doucement contre le vert humide de l'après-midi.
Il n'était pas seul. Un peu plus loin, enfoui dans les sous-bois, Omar a découvert un autre individu plus petit, presque dissimulé entre branches et lianes. « Jefe, más adelante está otro más », l'entend-on dire sur l'enregistrement audio, avec le calme de celui qui sait que ce qu'il vient de trouver ne se voit pas tous les jours. Deux mamones de mico au cours d'un même passage — l'un adulte, l'autre à peine sorti de l'ombre — dans un recoin de forêt tropicale humide qui les gardait pour lui, sans que personne ne les ait jamais répertoriés jusqu'ici.
La découverte a été documentée avec quatre photographies, deux vidéos et un enregistrement audio. Le secteur exact au sein du sanctuaire reste à confirmer, mais les coordonnées pointent vers le cœur de Miradores, là où le sentier se perd dans la végétation et où la pluie recouvre tout d'un silence profond.
Sept titis et un petit au Lago 2
Carlos Andrés Matas Contreras longeait le secteur Lago 2 de la Finca El Paraíso quand il les aperçut : six singes titis se faufilant entre la végétation, et un peu à l'écart du groupe, une femelle avec son petit accroché à son corps. Le bébé voyageait sur le dos de sa mère comme si c'était l'endroit le plus sûr du monde — ce qui était probablement le cas.
Plus loin, déjà sur la Finca Los Guardianes, Carlos Andrés croisa un autre habitant discret de la réserve : un puerco espín. De ceux qu'on ne voit presque jamais mais qui sont toujours là, avançant lentement et sûrement dans l'épaisseur des feuilles mortes. Les trois observations ont été consignées en vidéo.
Deux fincas, deux histoires différentes en une seule matinée. C'est ainsi que la réserve dévoile ce qu'elle recèle, un peu à la fois, à ceux qui savent marcher lentement et regarder avec attention.
Nicolás et sa famille bâtissent un nouveau foyer pour les Ara
Le vendredi 27 mars, dans les installations de la Fundación Loros, retentirent pour la première fois les coups de marteau et le fracas caractéristique d'un chantier qui prend vie. Nicolás arriva ce jour-là entouré des siens, les mains prêtes à l'ouvrage : ensemble, ils donnèrent le coup d'envoi à la construction d'une volière conçue pour accueillir les aras du genre Ara, ces oiseaux au plumage flamboyant qui ont besoin d'espace, de hauteur et de structure pour se rétablir avant de regagner les profondeurs de la forêt.
Huit chauchau et une seule voix d'alarme
Dans le secteur Los Guardianes, près de l'enclos de Cameron, le gardien Omar Enrique Berdugo remarqua quelque chose d'inhabituel : huit chauchau rassemblés, chantant sans relâche, tous les regards tournés vers le sol. Ce n'était pas le chant dispersé de la mi-journée, ni le va-et-vient ordinaire des ailes — c'était ce son insistant, coordonné, que ces oiseaux réservent pour quand ils ont quelque chose à dire.
Berdugo s'approcha lentement. Là, parmi la litière de feuilles mortes, se trouvait la raison de tout ce remue-ménage : un patoco immobile sur le sol, sans hâte, indifférent à la petite assemblée qui le dénonçait depuis les branches. Le serpent n'était pas passé inaperçu un seul instant — la forêt a ses propres systèmes de surveillance, et les chauchau comptent parmi les plus efficaces.
Ce fut un rappel de quelque chose que l'on apprend vite au sanctuaire : il faut savoir écouter. Ce n'est pas l'œil du gardien qui trouva le patoco en premier — ce sont ces huit voix insistantes qui lui montrèrent où regarder.
Il y a des endroits dans la réserve que toute l'équipe connaît par cœur — les portails qui grincent à l'aube, les sentiers appris à force de les parcourir — mais qui jusqu'ici n'existaient sur aucune carte. Le secteur Tamarindo était l'un d'eux. Cet après-midi, Nicolás a transmis à Alejandro trois coordonnées précises : l'entrée, la sortie et la cage qui sert de point de repère à l'intérieur du secteur. Trois points simples, mais suffisants pour que Tamarindo commence à avoir ses propres coordonnées.
Il n'y a eu ni observation à raconter, ni libération à célébrer. Seulement le travail silencieux de ceux qui bâtissent l'infrastructure invisible du sanctuaire : les données qui permettent de s'orienter, de planifier des circuits et de laisser une trace de ce qui existe dans ces 520 hectares aux abords de Cartagena. Une carte qui grandit, même si c'est trois points à la fois.
Le cucarachero timide qui s'est laissé regarder
Il existe des oiseaux qui vivent parmi nous comme des secrets bien gardés. Le cucarachero ventribarrado — *Pheugopedius fasciatoventris* — est l'un d'eux : il se faufile toujours dans l'épaisseur de la forêt humide, nerveux, insaisissable, sans la moindre intention de poser pour quiconque. C'est pourquoi, lorsque Maicol González a gravi le cerro El Peligro le 26 mars et l'a trouvé perché sur une fine branche, immobile, avec ce dos roux-cannelle embrasé par la lumière filtrée à travers le feuillage, il a su qu'il vivait un moment à part.
Ils étaient deux individus, probablement un couple, se déplaçant sans hâte parmi la végétation. Maicol a levé son appareil lentement et a déclenché. L'image qui en résulte montre l'oiseau de face, la poitrine blanche et le ventre zébré de stries noires, le fond vert et doré de la forêt flou derrière lui. Ce n'est pas la première fois que Maicol observe l'espèce dans la réserve, mais c'est la meilleure photo qu'il ait réussi à obtenir — et on comprend pourquoi il le dit dès qu'on la voit.
Sur les 520 hectares de forêt de la Fundación Loros, ce sont ces petites victoires qui comptent : un oiseau timide qui, le temps d'un instant, a décidé de rester.
Bleu électrique sur le chemin du ruisseau
Maicol González longeait le chemin du ruisseau, sur la colline El Peligro, quand quelque chose de bleu arrêta ses pas. Posé sur une petite branche sèche, presque immobile dans le brouhaha du sous-bois, se tenait un caballito del diablo d'un bleu si éclatant qu'il semblait baigné d'une lumière venue d'ailleurs. Il le photographia sur place, le fond de roches et de feuilles mortes à peine flou, et l'insecte maître absolu du cadre.
L'observation correspond à l'ordre Odonata, sous-ordre Zygoptera — les demoiselles, cousines plus graciles des libellules. Par l'intensité de sa coloration, le genre pourrait être Argia ou Enallagma, deux groupes communs dans les Caraïbes colombiennes, bien que l'espèce exacte devra être confirmée par un spécialiste. Ce qui est certain, en revanche, c'est que sa présence témoigne de la bonne santé du ruisseau voisin : ces insectes ne prospèrent que là où l'eau est pure et l'écosystème, intact.
José Marín a marché ce soir-là dans le secteur Los Guardianes, les yeux levés vers la cime des arbres. Les palmiers à noix de coco se dressaient contre un ciel bleu traversé de nuages blancs, et entre leurs longues palmes déployées pendaient des cocos à tous les stades : les plus jeunes presque dissimulés, les mûrs s'inclinant doucement vers le bas, avec cette sérénité propre aux fruits qui ont accompli leur temps.
Quelques pas plus loin, un arbre de mamón captait tout le regard. Ses branches ployaient sous le poids de centaines de fruits verts serrés parmi des feuilles luisantes, annonçant la récolte à venir. Deux coordonnées, deux arbres, une après-midi de terrain sans incident majeur — ce qui, dans la réserve, est parfois la meilleure des nouvelles.
Ce jeudi de mars, José Marín parcourait la réserve quand il tomba sur ce qui se cache si souvent dans le feuillage : deux tanga tangas affairées à leur propre monde, mangeant sans hâte, indifférentes à tout le reste. Il les filma avant que l'instant ne se dissolve, et au fond du cadre apparut Eder Ruiz traversant à cheval ce même coin de territoire, comme si la scène avait besoin de cette silhouette pour être vraiment complète.
L'observation fut consignée aux coordonnées 10.4451777, -75.264972, un point de plus sur la carte vivante de la Fundación Loros. Les deux oiseaux, sereins et en train de se nourrir, sont un signe que le territoire reste ce qu'il doit être : un endroit où la faune sauvage trouve la place d'exister sans être brusquée.
José continua sa tournée le reste de la journée, les yeux grands ouverts, avec l'espoir que la journée lui réserve encore quelque chose. Cette patience — celle de l'observateur qui marche sans se presser et regarde avec soin — est la même qui rend possible ce relevé, et tous ceux qui viendront après lui.
Échos du terrain
Événement: 22 mars 2026
Trente-trois photos avec Cyrus dans l'UTV
Le lundi 23 mars, Corina est partie parcourir le sanctuaire en UTV en compagnie de Cyrus Bueche, un visiteur venu des États-Unis. Le ciel était dégagé et les chemins de terre portaient cette odeur humide de végétation en pleine floraison. Ils n'avaient pas encore beaucoup avancé quand les guacamayas chejas firent leur apparition — deux Ara severus aux ailes déployées, l'une d'elles marquée de la bague E101 — puis, plus loin, les ararauna en vol libre fendant l'air bleu de ce jaune qui semble tout juste sorti d'un pinceau.
Au fil du chemin se constitua une liste que personne n'avait prévue : quatre rapaces différents perchés ou en vol, un momoto à poitrine orangée observant la scène depuis sa branche, un rascón se faufilant entre les herbes, un pic accroché à son arbre, un colibri vert et chatoyant suspendu devant une fleur magenta. Les loros amazónicos — l'un d'eux portant la bague B11 — picoraient concombre et poivron rouge avec une sérénité qui donnait à penser que le monde n'avait plus aucune urgence. Sur les sentiers, un cheval brun rougeâtre s'avança tranquillement vers l'objectif, et plus loin un âne chargé de sacs poursuivit son chemin sans se laisser distraire.
Corina arrêta l'UTV à plusieurs reprises pour s'occuper du chien au pelage doré qui les avait accompagnés tout au long du parcours. Trente-trois photos restent de ce lundi-là : la mémoire d'un sanctuaire qui n'a pas besoin de se faire annoncer pour révéler ce qu'il abrite.
Échos du terrain
Événement: 17 mars 2026
Le Chocorocoy à la moustache noire
Le 18 mars, près de la casa del paraíso, Maicol leva son appareil photo avec précaution et captura quelque chose d'inattendu : un Cucarachero Chocorocoy (Campylorhynchus nuchalis) en train de fourrager parmi des branches sèches et des feuilles roulées sur elles-mêmes, comme si le monde n'existait plus au-delà de cet enchevêtrement aride. L'oiseau se déplaçait lentement, confiant, arborant son plumage moucheté de blanc et de noir tandis qu'il fouinait dans la végétation.
Mais ce fut un détail qui cloua Maicol à son viseur : une moustache noire, nette et précise, qui traversait le visage de l'oiseau avec une élégance presque comique. En toutes ses années à parcourir le sanctuaire, il n'avait jamais vu ce trait aussi prononcé chez un Chocorocoy. Il eut le temps de prendre trois photos avant que l'oiseau ne disparaisse dans les broussailles.
Le Campylorhynchus nuchalis est une espèce commune dans les zones arides du nord de la Colombie, connue pour son caractère turbulent et son plumage sans pareil. Mais ce jour-là, dans les 520 hectares de la Fundación Loros, l'un d'eux s'offrit le luxe d'être un peu plus mémorable que les autres.
Échos du terrain
Événement: 17 mars 2026
Quatre oiseaux à la Casa del Paraíso
Le 18 mars, Maicol déambulait aux abords de la Casa del Paraíso lorsqu'il tomba sur un petit rassemblement improvisé. Il y avait là B120, une amazona frente roja (Amazona autumnalis) dont la plaque verte se lisait nettement, et B67, une amazona frente amarilla (Amazona ochrocephala) perchée avec sérénité sur une branche sèche. Ces deux plaques d'identification — vertes, discrètes — racontent en silence que ces oiseaux sont dans le champ de vision du sanctuaire depuis un bon moment.
Non loin d'elles, une cheja (Ara severus) complétait le tableau avec son plumage vert profond, l'anneau blanc cerclant son œil jaune et sa propre petite plaque suspendue au cou. Et en invité sans carte d'identité, un momoto (Momotus momota) se laissa apercevoir entre les branches : couronne bleu électrique, œil rouge vif, bec incurvé comme un instrument de précision. Rien d'extraordinaire ce jour-là, juste quatre oiseaux dans leur quotidien, et Maicol, l'œil et l'appareil photo accordés au bon moment.
Quelque part entre le feuillage et les coordonnées —10.4347, -75.2426, là où Alejandro a marqué l'emplacement depuis le terrain— Nicolás est en train d'installer une nouvelle volière pour le programme ARA. Il y aurait un arbre en ce point, du moins c'est ce que l'on croit, et c'est pourquoi on a demandé à confirmer l'emplacement exact avant de considérer le travail comme acquis. C'est ainsi que travaille la Fundación : d'abord la carte, ensuite le marteau.
La volière est conçue pour accueillir une vingtaine d'individus d'aras —bleus et jaunes ou rouges, selon ce que le processus confirmera : Ara ararauna ou Ara macao—. Vingt perroquets de ceux qui emplissent le ciel de vacarme et de couleurs, qui ont besoin d'espace pour se rétablir avant de reprendre leur envol en liberté. L'installation est encore en cours, et le point sur la carte attend toujours d'être vérifié.
Le mercredi en fin d'après-midi, José Marín est parti parcourir l'une des parcelles de la Fundación, dans la zone rurale près de Cartagena, là où le soleil tape fort et où l'herbe n'a pas vu la pluie depuis des semaines. Il n'a pas fallu longtemps pour qu'il trouve ce qu'il cherchait : deux bovins d'un brun rougeâtre, parfaitement tranquilles, étendus à l'ombre d'un grand arbre. Des animaux de la Fundación, exactement là où on les attendrait par une journée pareille — immobiles, patients, indifférents au reste du monde.
Quelques pas plus loin, entre la végétation sèche et les arbres qui bordent le sentier de leurs fleurs roses, José est tombé sur un pied d'ají picante silvestre chargé à ras bord. Les fruits pendaient dans leur beau désordre : certains rouges et orangés, luisants de maturité ; d'autres violet sombre, presque noirs, prenant leur temps. Une plante que personne n'a semée, qui a poussé seule sur ce terrain aride et qui a décidé de fleurir quand même.
Ce fut une sortie sans grands événements, une de celles qui servent à confirmer que la parcelle est en ordre. Mais parfois, ça suffit — deux vaches à l'ombre et un pied d'ají embrasé de couleurs — pour qu'une journée de terrain mérite d'être racontée.
Échos du terrain
Événement: 20 mars 2026
Le jour où la forêt accueillit ses locataires
Le 20 mars, dans un recoin de forêt humide de la Fundación Loros, un cortège peu ordinaire traversa le sous-bois : des policiers, des marins de l'Armada Nacional, des agents de l'EPA Cartagena et l'équipe de la Fondation, chargés de caisses de transport qu'ils portaient à travers la litière de feuilles mortes. À l'intérieur voyageaient de jeunes zarigüeyas — ces créatures au museau effilé et aux yeux comme des boutons noirs — accompagnées de tortues à la carapace gris sombre et d'un búho au plumage brun qui contemplait le monde avec ce calme solennel que seuls les nocturnes possèdent en plein jour.
Quand on ouvrit les caisses, il n'y eut aucune cérémonie. Les zarigüeyas se faufilèrent entre les feuilles comme si elles avaient toujours su que c'était leur place. Les tortues avancèrent lentement, à leur propre rythme, vers la végétation basse. Le búho trouva les branches inférieures d'un arbre et s'y tint immobile, fondu parmi les tiges sèches, attendant que le monde l'oublie. Quelqu'un les suivit avec un téléphone dans une coque bleue, cherchant à capturer l'instant avant que la forêt ne les engloutisse.
Le procès-verbal officiel avec le détail de toutes les espèces et les chiffres exacts est en chemin — il sera envoyé par le Centro de Atención de Primates —, mais les photos en disent déjà beaucoup : une forêt qui, ce soir-là, accueillit de nouveau quelques-uns de ses locataires les plus discrets.
La Mella et le plâtre qui arriva le lendemain
Dans le secteur Vista Hermosa, la génisse que tout le monde appelle La Mella s'est réveillée lundi avec la patte arrière gauche fracturée. Nul acte de malveillance dans cette affaire : c'est sa propre mère qui, dans un moment d'inattention, lui avait marché dessus. Pour immobiliser la fracture le temps que l'enflure se résorbe, nilsonenrique74 lui confectionna une attelle d'urgence avec deux planches et quelques bandages — cette solution de fortune, humble et efficace, qui sur le terrain est parfois tout ce que l'on a sous la main.
Le lendemain, une fois l'inflammation suffisamment retombée, vint le tour du plâtre. Alberto Orozco, aide-vétérinaire, procéda au plâtrage définitif du membre. Sur les photos et vidéos parvenues depuis Vista Hermosa, on voit La Mella allongée sur la terre battue, les pattes maintenues par de la ficelle jaune, pendant qu'Orozco travaille avec sérénité sur la patte bandée. Sur la dernière image, elle est déjà debout — le plâtre blanc bien visible, et un autre bovin adulte qui pointe la tête à côté d'elle dans le corral rustique en bois.
Au moment du rapport, La Mella est dans un état stable.
Échos du terrain
Événement: 20 mars 2026
Le jour où le sanctuaire n'a pas cessé de surprendre
Ce vendredi de mars, Omar Enrique Berdugo Cabeza est parti parcourir les terres de la Fundación Loros et le secteur de Los Guardianes comme si le sanctuaire tout entier avait décidé de se mettre en scène. Tout a commencé au moment de laver les plateaux des oiseaux : en retournant l'un d'eux, une minuscule grenouillette brune est apparue, tranquille au creux de sa paume, comme quelqu'un qui poserait pour un portrait. Puis ce fut Negrillo, le perroquet, qui sans crier gare est descendu se poser sur son épaule. Dans l'aviaire 2, il a trouvé un livo pollero pris au piège, incapable de trouver la sortie ; plus loin, les six titis étaient tous réunis à l'heure du repas. Et sur le chemin du retour à travers Los Guardianes, une petite maison abandonnée lui réservait sa propre surprise : un golero juvénile qui s'y était élevé, entre des murs sans maître.
De retour à la fondation, la vie continuait d'apparaître à chaque pas — un geco à tête orange sur les briques, un acarien rouge comme une goutte de velours sur l'écorce d'un arbre, une mante religieuse si petite qu'elle tenait sur le bout d'un doigt, un sautereau vert posé sur un genou, une iguana negra parmi les feuilles sèches, des papillons tournoyant autour des fleurs et une poyoneta visitant la terrasse. Dans un arbre à caoutchouc, un oiseau au bec et à la queue jaunes, au plumage noir, que personne n'attendait.
Mais l'image du jour est arrivée à la toute fin : dans un arbre de níspero, deux perroquets sauvages avaient choisi le nichoir offert en don pour s'y établir, tranquilles et libres, comme s'ils savaient déjà que cet espace était le leur. Non loin de là, les perroquets des aviaires 1 et 2, chauffés par l'été, recevaient le jet d'un tuyau d'arrosage et se frottaient contre les feuilles mouillées pour que les gouttes fraîches se glissent entre leurs plumes.
José Marín longeait l'un des secteurs forestiers de la réserve quand il l'aperçut : un tití cabeciblanco solitaire, immobile dans l'enchevêtrement de troncs fins et de branches entrelacées. C'était le 24 mars, et la forêt portait les marques de la saison sèche — feuilles jaunies, branches tombées, ciel voilé de gris. L'animal était seul, sans le moindre signe de son groupe, observant depuis l'épaisseur de la végétation avec ce mélange de curiosité et de prudence qui caractérise les Saguinus oedipus.
Ce qui fut également consigné ce jour-là, et qu'il vaut la peine de noter pour les analyses à venir, c'est que ce même secteur abrite cinq manguiers. Ce n'est pas un détail anodin : les mangues sont une source de nourriture, et les titís le savent bien. C'est peut-être ce qui explique la présence solitaire de l'animal à cet endroit précis — ou peut-être pas — mais la coïncidence mérite d'être suivie de près.
José a consigné l'observation avec trois photographies du secteur. L'espèce est classée en danger critique d'extinction, et chaque enregistrement dans la réserve s'ajoute à l'histoire de ce qui, ici, persiste et se déplace.
José Marín marchait depuis un bon moment dans la forêt sèche lorsque la jungle lui réserva une surprise. Il était passé midi et les arbres affichaient déjà cet aspect dépouillé de la transition saisonnière — troncs blanchis, branches sans feuilles, sol tapissé de feuilles craquantes — quand, au cours d'une de ses rondes habituelles dans la réserve, entre les points qui longent le secteur sud de la Fundación Loros, un mouvement rapide dans les branches attira son regard. C'était un tití cabeza blanca (Saguinus oedipus), seul.
Là était la découverte qui allait reléguer tout le reste au second plan — y compris un carpintero gigante qu'il avait observé plus tôt en un autre point du parcours. L'individu était un mâle, apparemment jeune, qui se déplaçait à grande vitesse de branche en branche, sans aucun groupe dans son sillage. Pour Marín, avec ses années de forêt, quelque chose clochait : le tití est un animal de famille, un animal de troupe, de ceux qui ne s'éloignent pas même quand la forêt est calme. Le voir seul laisse penser qu'il a été banni par son groupe, un comportement si atypique qu'il mérite un suivi attentif.
Les cinq photographies qu'il eut le temps de prendre montrent le paysage aride et l'individu parmi les branches. La vidéo était encore en train de charger lorsque la ronde s'acheva.