Trente noms pour le chemin de la liberté
Ce dimanche-là, Michel Salas, Jiliam Pomare et Salomé Piza partirent de bonne heure depuis la Casa del Paraíso, un guide botanique sous le bras et l'envie de mettre des mots sur ce que la forêt sèche du sanctuaire offre en silence depuis des années. Le parcours suivit « le chemin de la liberté », ce sentier qui s'achève là où les volières d'Ara attendent le moment de laisser s'envoler les aras — une destination qui donne à chaque promenade une gravité particulière.
Tout au long du trajet, ils s'arrêtèrent une trentaine de fois : pour confronter une branche à sa fiche dans le livre, pour presser un échantillon entre deux feuilles de papier, pour photographier des fleurs avant que le soleil de midi ne les fane. Il y avait là la *Caesalpinia pulcherrima* avec ses étamines longues comme des fils de feu jaune, le Moringa aux fleurs blanches posé à côté de sa description dans le guide, l'Uvito (*Cordia alba*) fraîchement coupé, encore humide de sève, et l'Ébano (*Caesalpinia ebano*) avec ses gousses sombres qui pendaient entre les feuillages.
Au bout du sentier, face aux volières, tous trois sourirent pour la photo. Derrière eux, les collines vertes et les fleurs colorées qui avaient bordé tout le chemin. Dans les mains, trente noms nouveaux — ou plutôt, trente noms anciens que la forêt portait déjà et qu'ils s'étaient chargés de recueillir.